En sortant une version actualisée du Guide des 4.000 médicaments utiles, inutiles, ou dangereux qu’il avait écrit en 2012 en association avec le professeur Bernard Debré, le professeur Philippe Even relance la polémique sur l’utilité de certains médicaments, leur dangerosité et la mainmise de l’industrie pharmaceutique sur l’information médicale en matière de thérapeutique.

Pour Philippe Even, un tiers des médicaments sont inutiles, et un trop grand nombre présentent une balance bénéfice-risque défavorable pour l’usage dans lequel ils sont employés. Ces avis un peu péremptoires demandent à être nuancés, et lorsque Philippe Even dénonce les médicaments qui ne servent à rien, sans doute veut-il indiquer qu’ils n’ont pas d’effet sur l’évolution de la maladie et sur sa guérison.

Mais doit-on considérer qu’un médicament est inutile dans la mesure où il entraîne un certain confort pour le malade, même s’il n’a aucune action sur l’évolution de la pathologie ? Les pastilles pour la gorge ou les collutoires n’ont aucun effet sur le virus, mais ont cependant le mérite de limiter la douleur.

Le sujet prend une autre dimension lorsqu’il s’agit de médicaments avec des enjeux économiques (et donc des bénéfices) énormes, comme par exemple les statines, très largement prescrites, mais dont l’usage est remis en cause par de nombreux auteurs car, certes, elles abaissent le taux de cholestérol, mais leur effet bénéfique en prévention primaire de l’athérosclérose reste encore à démontrer et fait toujours l’objet d’articles polémiques dans la presse professionnelle.

Quant à la dangerosité de certains médicaments, le professeur Even n’est pas le seul à s’en soucier. La revue médicale Prescrire a publié, l’an dernier, la liste de 71 médicaments dont “la balance bénéfice-risque est défavorables dans toutes les situations cliniques pour lesquelles ils sont autorisés”. Cette revue est une des très rares publications médicales a ne pas être financée par les subsides publicitaires de l’industrie pharmaceutique, ce qui, espérons-le, doit lui permettre d’avoir une certaine de jugement. C’est ainsi, par exemple, que Prescrire dénonce parmi les médicaments inutiles, mais avec des effets secondaires pouvant être dangereux, ceux qui, pendant des années, furent donnés pour lutter contre la maladie d’Alzheimer sans avoir d’action véritablement efficace. Mais il est bien difficile d’avoir un avis tranché en matière d’effet thérapeutique car cet effet peut varier d’un sujet à l’autre.

Il y a quelques années, la sociale a décidé de dérembourser certains médicaments au prétexte qu’ils n’avaient pas fait la preuve de leur efficacité. Est-ce, pour autant, que ces médicaments étaient inefficaces voire inutiles ? Bien sûr que non : le fait de ne pas avoir passé de test pour faire la preuve de son intelligence n’indique pas forcément que l’on est stupide ! Ainsi, certains laboratoires ont préféré renoncer à la procédure de validation, compte tenu du prix de l’expérimentation, car le déremboursement leur permettait d’avoir des prix libres donc plus élevés.

On peut critiquer les commentaires du professeur Even ou le bien-fondé de certaines études de la revue Prescrire, mais ce sont cependant des actions utiles, car elles agissent comme un contre-pouvoir face à l’industrie pharmaceutique qui, par le biais de la visite médicale et des subventions publicitaires quelle verse à la presse professionnelle, arrive à avoir le quasi-monopole de l’information en matière de thérapeutique.

1 décembre 2016

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