Ils sont beaux, nos amis de Sens commun, issus de la Manif pour tous qui avait rassemblé près d’un million de Français dans la rue contre la loi Taubira. Après la bonne dynamique de la manifestation, ces chrétiens ont décidé de s’introduire dans l’UMP de l’époque afin de changer les mentalités du parti en profondeur et y apporter une contribution de droite. Est pris qui croyait prendre, quand on entre dans la magouille politicienne et que l’on commence avec les compromis, on ne s’arrête plus…

Et c’est exactement ce qui s’est passé avec Sens commun. Une petite place leur a été aménagée au sein de l’UMP pour qu’ils l’ouvrent, mais pas trop : « N’oubliez pas d’enlever le mariage pour tous », clameront-ils régulièrement. Les vautours de l’UMP n’y voyaient qu’un moyen de faire revenir la droite catholique dans leur giron, surpris et étonnés de les avoir vus exploser sur ce sujet-là (ce qui explique la faiblesse de leur réaction et, surtout, le retournement des vestes au fur et à mesure des années)…

Sens commun a donc annoncé qu’ils voteraient, pour les primaires (donc dans un vote d’idées et de projet), pour… François Fillon ! Vraiment étonné ? Pas tellement. Une personne l’est pourtant, c’est justement celui qui s’attendait à avoir leur soutien : Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate. Pauvre homme qui a le mérite de tenir bon gré mal gré avec ses idéaux et principes contre la pourriture qui règne dans ce milieu de la droite. Sens commun lui reproche d’être un petit candidat : grand par les principes, contrairement à ceux qui ont décidé de lui tourner le dos !

Poisson reproche à Fillon ses rapports ambigus à l’islam, à la filiation et surtout à l’avortement. Sens commun s’en moque, ils ont choisi le moins pire des gros candidats au mépris de leurs principes et de leurs idéaux ! Et ça se paiera. On ne peut pas éternellement se moquer du monde en prétendant défendre l’altérité, la famille et les enfants tout en intégrant un parti d’évadés fiscaux, de faussaires et de filous… Les calculs politiques sont l’apanage des hommes vulgaires, dont les principes sont aussi flexibles que du bois tendre : les dirigeants de Sens commun viennent de le prouver !

Quand à Jean-Frédéric Poisson, bien malheureux dans cette histoire, il mérite également un blâme : pourquoi continuer contre vents et marées à vouloir jouer le jeu politique sur le terrain de l’adversaire ? Car c’est certain que, dans notre modèle, c’est le petit qui meurt et le fort qui survit !

Sens commun, les voilà en place dans la machine politique avec un projet qui n’aboutira à rien et qui se noiera et se diluera au fil du temps dans un discours de plus en plus policé. Je leur conseille la lecture de Simone Weil, dans sa note sur la suppression générale des partis politiques, où elle explique qu’un parti n’est pas un endroit où l’on crée de la pensée, mais où l’on cherche la croissance des adhérents. Sens commun, c’était dès le début la chronique d’une trahison annoncée.

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