À l’ère où tout se monétise, où les nouveaux directeurs de conscience nous imposent périodiquement des « devoirs de mémoire » avec la parution de hors-séries sur papier glacé, le corps humain devient lui aussi une marchandise comme les autres. Certains n’ont même plus de scrupules à exhumer les cadavres de nos combattants de la guerre de 14-18 pour piller leurs derniers biens. Dans ses Souvenirs littéraires, Léon Daudet remarquait déjà que « la sans l’Église est sans grandeur ». Désormais, elle est un business comme un autre, puisque tout se vend, tout s’achète !

Dans le troisième volume des Responsabilités des dynasties bourgeoises, l’historien Beau de Loménie nous rappelle que « rien n’avait été envisagé pour protéger contre les intempéries de l’hiver les millions d’hommes terrés en pleine nature le long des tranchées improvisées ». À Verdun, 163.000 soldats français ont ainsi perdu la vie en 1916, dans des conditions inimaginables, après 300 jours et 300 nuits de lutte contre les Allemands.

Et pourtant, mardi dernier, seul Le Figaro mentionnait la découverte de neuf corps de soldats dont « les casques, plaques d'identité, les boutons, tout ce qui aurait pu permettre une identification avait disparu », selon le médecin légiste Bruno Frémont. À la rubrique des simples faits divers, peut-être parce qu’il se répète trop souvent, l’événement passe pratiquement inaperçu. Les autres journaux ne lui consacreront même pas quelques lignes. Il est courant, selon les habitants de la région, d’apercevoir quelques charognards déambuler avec leurs détecteurs de métaux, à la recherche du petit trésor qu’ils revendront sur eBay. Ces pilleurs se nomment pudiquement des « fouilleurs ». Sur Internet, l’information se partage. Des communautés indiqueraient même les meilleurs endroits pour extirper un dernier butin à la terre.

Quelques tas d’ossements dépouillés dans la forêt, voilà tout ce qu’il reste. Faute d’identification, ceux qui ont sacrifié leur vie pour défendre leur pays n’auront pas même droit à une sépulture décente. Un siècle plus tard, ceux que l’on nomme les « Poilus du printemps 1916 », ceux qui ont eu le courage de répondre présent lorsqu’il s’agissait de défendre la France, ceux qui méritent particulièrement notre « devoir de mémoire » apparaissent aujourd’hui bien oubliés. Les morts n’ont plus de voix pour protester ; alors qui le fera à leur place ?

5 avril 2016

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