Évidemment, et ce, même vu de loin, on dira que la justice républicaine fut éminemment plus clémente pour les militants de Nuit debout, finalement virés de la place d’une République n’en portant plus que le sobriquet, que leurs récents homologues des Veilleurs, issus de la Manif pour tous. Éternel argument du « deux poids deux mesures », sémantiquement efficace dans la « réacosphère », mais passablement nigaud d’un simple point de vue politique.

Pourtant, il y a effectivement ici deux poids et autant de mesures en la matière.

En effet, quel crime ont commis ces Veilleurs, si ce n’est aller parler avec les « gens », lire des poèmes à la lumière des bougies dans des jardins publics dans lesquels ils ne laissaient ni mégots de cigarette et pas plus de canettes de bière ? Pas mal d’entre eux furent néanmoins embarqués par la maréchaussée : parce que de jeunes garçons échangeaient leurs 06 avec d’autres jeunes filles ? Dans le genre, la drague en plein air vaudra toujours mieux que les rancards arrangés, par clavier interposé, sur des sites de rencontre…

Les « jeune citoyens motivés » de Nuit debout auraient peut-être été mieux inspirés d’aller faire, un peu avant, un gros dodo, surtout à l’approche d’éventuels examens ; ce qui aurait sûrement évité les « 500.000 euros de dégâts » et de « réfections dans les lycées » dénoncés par Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, et relatifs à ces manifestations plus ou moins « bon enfant », pour reprendre la vulgate médiatique. Ce, sans compter de multiples agressions contre les passants et autres jets de pierres et d’objets divers sur des forces de l’ordre d’autant plus débordées que personne ne leur donna de consignes claires en la circonstance.

Et la même Valérie Pécresse d’annoncer que la région « porterait plainte systématiquement contre toutes les dégradations, contre toutes les violences ». Pour NKM, la problématique est tout autre : « Non, ce n’est pas le problème de la gauche. Il faut aller place de la République. C’est une génération qui se pose des questions. » D’autres qui s’en posent ? François Fillon et Bruno Le Maire. Le premier, en tant qu’homme, « comprend », mais l’hôte de Matignon qu’il fut se dit « profondément choqué qu’on ait d’un côté l’état d’urgence et que, de l’autre, on tolère ce type de rassemblement ». Mais forcé d’avouer qu’après avoir honoré le Bataclan, Daech bouda la place de la République…

Bruno Le Maire ne se mouille guère plus : « Qu’on écoute les propositions des uns et des autres, très bien. Mais sans que ça puisse gêner ceux qui souhaitent travailler ou passer leurs examens dans de bonnes conditions. » Du côté du Front national, l’autre question qui fâche, par un tweet signé de l’eurodéputé lepéniste Gilles Lebreton : « Qu’attendez-vous pour faire respecter l’ordre contre l’extrême gauche à Nantes, Rennes et Paris ? »

Mais ce serait plutôt à gauche que les rangs tendraient à se relâcher. Pierre Aidenbaum, maire socialiste du IIIe arrondissement parisien : « Voir plusieurs centaines de personnes attaquer en pleine nuit le commissariat du XIe, en plus, avec tout ce que cela a comme symbolique après les attentats, s’en prendre aux forces de l’ordre qui depuis des mois et des mois sont là pour défendre les Parisiens, défendre nos valeurs et la République, est totalement inacceptable ! » À rebours, Anne Hidalgo, madame le maire de Paris (tel qu’on n’a plus le droit de le dire), préfère modérer la position socialiste, justifiant l’expulsion finale de ceux qui, debout la nuit, ont fini par rentrer chez eux au petit matin, et reproche à ces derniers de « privatiser l’espace public »… Celle-là, à l’heure où la République privatise ce qui lui reste de bijoux de famille, il fallait tout de même la trouver !

En attendant que tout le monde aille se coucher pour de bon ou finisse par se réveiller ?

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