C’est l’histoire d’un bistrot, dans le Morbihan, qui, par esprit de convivialité et sans doute, surtout, d’économie, demande à ses clients de venir chercher leurs consommations au comptoir et de rapporter leurs verres. S’ils sont d’accord, quel est le problème ?

Le problème est que l’URSSAF considère cette pratique comme du travail dissimulé. Il y a dix-huit mois, après le dépôt, un soir, d’un plateau sur le zinc, trois contrôleurs, exhibant leur carte tricolore, ont fondu brutalement sur les propriétaires en criant au flagrant délit de travail au noir, une certaine cliente ayant selon eux, de façon suspecte, débarrassé plusieurs tables.

Six mois plus tard, le couple est même placé en garde à vue. Mais le 27 novembre 2012, sur la foi de nombreux clients et faute d’infraction caractérisée, le procureur de la République de Lorient classe l’affaire sans suite. La procédure civile, cependant, court toujours et l’URSSAF réclame un peu plus de 9.000 euros.

Cette affaire ouvre de vraies perspectives : je devrais faire, par exemple, un peu de chantage auprès de tous les McDo de et de Navarre dans lesquels j’ai fait escale sur la route des vacances. C’est qu’ils me font régulièrement bosser au black, les bougres. Et sans vergogne. Pour servir — et quand on n’a pas l’habitude, on finit une fois sur deux par renverser le coca — et pour desservir, ce qui est le plus désagréable car la poubelle est toujours pleine. Et parce qu’après le passage de mes enfants, c’est un peu la cuvette de Ðiện Biên Phủ sous la table, je vais même scrupuleusement décoller une à une les potatoes écrasées. Serveuse, et en plus femme de ménage. Alors si vous ne me filez pas un happy meal gratuit, je vous colle les URSSAF aux fesses.

Voir dans chaque service rendu une présomption de travail au noir, c’est drôlement malin. C’est bien, les gars, continuez comme ça. Et vous autres, arrêtez d’empiler les assiettes ou de faire passer les couverts, vous voulez attirer des ennuis au patron, ou quoi ? Reste à prouver qu’il y a eu rémunération, bien sûr. Parce que, naturellement, McDo ne me file pas de biffetons sous la table. Enfin, pas de façon visible, mais le fait est qu’en sortant de chez eux, je suis plus riche qu’en sortant d’un restaurant classique plus chic, avec serveur à nœud papillon. J’y ai donc virtuellement gagné de l’argent. Et qui dit gain dit taxe. Normal. François Hollande, viens là, je crois qu’on tient un concept. Je dirais même un gisement. Chez Fauchon, il y a un voiturier dûment payé ; chez Franprix, on se cogne la bagnole à garer et les sacs à traîner. Et on en sort le porte-monnaie plutôt moins dévasté. Travail au noir. Qu’on lâche les URSSAF !

« La direction a décidé d’augmenter de 50 % le nombre de contrôles des très petites entreprises (TPE) et de 30 % le nombre de contrôle des petites et moyennes entreprises (PME). C’est la course au chiffre, les URSSAF de entrent dans une compétition malsaine, et ce n’est pas bon, tant pour les entreprises en période de que pour les conditions de travail des inspecteurs. Plusieurs collègues expriment un vrai mal-être au travail », dénonçait le 10 décembre dernier un représentant syndical des URSSAF de Haute-Garonne. C’est sûr, les Bretons vont gagner le concours. Ils sont vraiment trop forts.

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20 décembre 2013

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