On pourrait soutenir que les commentaires télévisés des matchs de sont périphériques et que, si on a cette qualité bien utile de l’indifférence, on ne fait pas attention à eux en se concentrant sur les images. Mais ce n’est pas possible. En tout cas, moi je n’y parviens pas.

Le seul critère étant, pour moi, que notre vision et notre attention ne soient pas détournées de l’essentiel qui est l’image – j’ose dire qu’on ne regarde pas seulement une image mais qu’elle est tellement signifiante et « parlante » en elle-même qu’on l’écoute -, tout ce qui vient inutilement et avec profusion nous empêcher de focaliser sur elle est malvenu.

Au risque d’apparaître, sur ce plan comme sur d’autres, pour ce que je suis – fièrement passéiste -, je continue à juger absurde cette tendance qui a commencé il y a des années et a mis fin au commentateur unique. Ce dernier, même quand il n’était pas le meilleur ou au meilleur, ne gênait jamais par son monologue purement explicatif au point de nous saouler d’informations inutiles et de digressions sans intérêt. Il ne pouvait pas occulter l’image qui était plus forte que sa solitude. Il aidait au lieu de déranger.

Cette perversion médiatique, une fois engagée, a continué de plus belle et, comme souvent avec le conformisme français, est devenue un rituel frôlant le grotesque pour ne pas dire qu’il y tombe.

Canal+, qui est encore la chaîne du et la redeviendra j’espère, a poussé à son paroxysme ce ridicule à tel point que je me demande quand le processus s’arrêtera. N’aura-t-on pas un jour autant de commentateurs, d’analystes, d’hommes ou de femmes de terrain et de consultants, pour un même match, que de joueurs ? Autant constater que, dorénavant, l’image n’est plus ce qu’on doit regarder en priorité mais ce qui mérite d’être étouffé, écrasé parce que n’importe quel plumitif, avec son verbe volubile et imparfait, vaudrait mieux qu’elle !

Je souffre trop de la médiocrité de la plupart sur le plan du vocabulaire et de l’oralité pour revenir sur ce que j’ai souvent dénoncé. On m’a confirmé que ces qualités d’expression n’avaient pas la moindre importance pour les choix de sorte que, pour reprendre l’exemple des présents au bord du terrain, un Paganelli rigolard, au questionnement inepte, est privilégié au détriment d’un Dominique Armand ou d’un Gaëtan Huard.

Que se passe-t-il quand, en règle générale, un journaliste et un ancien footballeur, en relation avec un tiers chargé du terrain, s’adonnent à leur activité principale qui est d’enivrer le téléspectateur pour le laisser à la fin du match aussi abruti et épuisé que les valeureux combattants sur le terrain ? Le consultant répète ce qu’a dit le journaliste et nous avons donc droit à des échanges qui sont d’une absolue puisque, dans la même minute, l’un et l’autre, avec un enthousiasme feint, sont incapables d’offrir un apport autonome. Chacun est le perroquet de l’autre.

Et le comble est que, de plus en plus, le téléspectateur est expulsé du spectacle puisque le trio au complet mène une conversation, rit de ses propres saillies et se désintéresse totalement de ce qui devrait être sa seule tâche : justifier son utilité par sa qualité. Il a son monde et nous entrave dans l’appréhension du nôtre.

Je ne me fais aucune illusion. On va multiplier ces calamités médiatiques parce que le mythe du travail en équipe a fait beaucoup de mal et va continuer à dévaster. Il faut être plusieurs à cumuler des vices plutôt qu’être seul avec sa vertu !

Une prière modeste. Je ne demande presque rien. Que certains commentateurs ne me gâchent pas les matchs et me laissent face aux images ! Elles disent plus et mieux qu’eux !

Extrait de : Ces commentateurs qui nous gâchent les matchs !

29 mars 2016

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