Document - Editoriaux - International - Politique - 4 novembre 2013

Même le pape était sur écoute…

Qui n’a pas été écouté par la NSA, l’agence nationale de sécurité américaine ? Après la chancelière allemande Angela Merkel, on apprend que le Vatican aussi en a fait les frais. Depuis 2005. Les appels téléphoniques de celui qui n’était pas encore le pape François pourraient avoir été interceptés, si l’on en croit la revue italienne Panorama. La NSA aurait laissé traîner ses grandes oreilles jusqu’à la période précédant l’élection de l’actuel occupant du trône de saint Pierre. Pour la période post-élection, on n’a aucune certitude… Mais au moment du conclave, la NSA semble s’être intéressée à la résidence où logeaient plusieurs cardinaux, dont un certain cardinal Bergoglio… le futur souverain pontife.

Les interceptions étaient menées, apprend-t-on, depuis une cellule de la NSA logée dans une annexe de l’ambassade américaine à Rome, située via Sallustiana. Le système d’écoute électronique, installé dans une pièce insonorisée et sans fenêtre, permettait de déchiffrer conversations et mails, y compris les mieux cryptés.

Aussitôt ces informations divulguées, la porte-parole de l’agence a nié en bloc : « La NSA ne prend pas pour cible le Vatican. Les assertions selon lesquelles elle l’aurait fait, tel que le rapporte Panorama, ne sont pas vraies. » Des dénégations auxquelles plus personne n’accorde le moindre crédit : on y avait déjà eu droit pour Angela Merkel…

Écouter le Vatican, mais dans quel but, pour apprendre quoi ? Le nom du futur pape avant que la fumée banche ne sorte de la cheminée pontificale ? Il paraît que les comptes rendus des conversations étaient classés en quatre catégories : « intentions de la hiérarchie », « système financier », « objectifs de politique étrangère » et « droits de l’homme »

« Nous n’avons aucune information à ce sujet et de toute façon nous n’avons aucune inquiétude », a réagi le porte-parole du Vatican, le père Federico Lombardi. Une tranquillité qui pourrait n’être qu’apparente puisque la NSA semble avoir également multiplié les écoutes d’Ernst von Freyberg, le nouveau président allemand d’IOR, la banque du Vatican.

Un curieux contraste tout de même avec la réaction de colère de la chancelière allemande Angela Merkel apprenant que ses conversations privées avaient été interceptées. Il faut dire qu’en matière d’espionnage, le Vatican a une certaine expérience. On se souvient encore de la ténébreuse affaire du « Vati Leaks », lors de laquelle des documents privés avaient disparu des bureaux du pape. L’espion, cette fois, était dans la maison…

Le pape n’était pas le seul à être écouté : la NSA a intercepté pas moins de… 46 millions d’appels téléphoniques pour la seule Italie et pour la seule période comprise entre le 10 décembre 2012 et le 8 janvier 2013 ! Mais pas de panique, la Maison-Blanche a promis des réformes, reconnaissant que la surveillance électronique était peut-être allée un peu trop loin. Voilà qui nous rassure…

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