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Il y a une dizaine d’année, l’auteur de ces lignes écrivait dans une revue universitaire que « si la doctrine [maurrassienne] paraît quelque peu oubliée car insuffisamment enseignée, il en reste au moins une terminologie et des concepts. En ce sens, à l’instar de la philosophie marxiste, la pensée maurrassienne demeure incontournable ». Dix ans plus tard, le Charles Maurras – Le Maître et l’action du professeur Olivier Dard amène à reconsidérer notre conclusion.

Si une certaine lexicologie demeure au point d’avoir été banalisée (« pays légal, pays réel », « d’abord »), quid de la pensée maurrassienne au XXIe siècle ? Par une écriture serrée qui ne s’encombre pas de fioritures stylistiques, l’auteur va à l’essentiel. Il est vrai que tout a été dit, ou presque, sur le Martégal. La méthode biographique est ici prétexte à livrer un essai à la fois prospectif (que reste-t-il de Maurras et de son héritage intellectuel ?) et définitif synthétisant les derniers travaux et colloques entrepris et supervisés par ce spécialiste sérieux et incontesté des droites radicales françaises.

L’historien explique psychanalytiquement « l’ambivalence » d’un Maurras théoricien puissant et influent, mais incapable, nonobstant ses exhortations, de passer « au coup de force » contre la République honnie. Sans doute, explique Dard, Maurras fut-il précocement marqué à jamais par « les trois failles de son enfance et de son adolescence » ( prématurée du père, surdité, perte de la foi), facteurs « résilients » qui déterminèrent sa vie et son œuvre. En dépit des hauts faits d’arme de la Ligue d’Action française et du journal éponyme qui connurent leur apogée au début des années 1920, l’auteur souligne qu’en dehors de quelques maurrassiens orthodoxes, « six décennies après sa mort (…), le maurrassisme ne pèse plus guère dans le débat public, ni en ni à l’étranger ».

Ni malveillant ni complaisant, l’universitaire interroge froidement, non sans une discrète et mélancolique pointe d’empathie, « la place effective de Maurras dans la vie et intellectuelle française » ? Pour asséner, tout en semblant s’en désoler, que « sur le plan du débat d’idées, Maurras n’est plus une référence mais tout juste un opprobre ». Si Maurras fut un « contemporain capital » durant des décennies, force est de constater qu’il n’est plus qu’un fantôme qui hante ses disciples devenus orphelins. Il reste l’héritage, une œuvre immense mais illisible pour des générations asséchées par un enseignement scolaire inepte qui a résolument tourné le dos aux auteurs classiques, au latin et à la syntaxe.

Doit-on se résoudre à voir disparaître cette part du intellectuel et littéraire de la France ? Récusons le crépuscule d’une idole, mais à la condition d’accepter qu’une nouvelle aurore se lève sur l’AF. Faute de quoi, les derniers vestiges du maurrassisme n’abriteront que les fossoyeurs d’une pensée devenue stérile à force d’être abusivement convoquée tant par des ignorants malintentionnés que par des thuriféraires dogmatiques.

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11 décembre 2013

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