Au Soudan, un nettoyage ethnique contre les non-Arabes, dans l’indifférence générale

©Mahmoud Amer/Wikimédia
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On connaissait les atrocités commises par les Janjawids, ces milices de tribus arabes accusées de génocide au Darfour, il y a vingt ans, durant la guerre du Soudan. Ces paramilitaires utilisés par les autorités au pouvoir dans le pays afin d'asseoir leur dictature et mater les velléités sécessionnistes des populations non-arabes sont régulièrement cités dans ces crimes contre l'humanité qui auraient fait 400.000 morts, entre 2003 et 2020.

Après le coup d’État de 2019 et le départ du dictateur Omar el-Bechir, les Janjawids sont invités à déposer les armes et à intégrer les forces militaires. Certains de ceux qui feront cette démarche seront envoyés, sous la férule de l'Arabie saoudite, combattre les Houtis au Yémen, ils y seront pour la plupart exterminés. Les autres seront reversés au sein des Forces de soutien rapide (FSR), dans lesquelles ils vont assez vite s'imposer par l'exploitation des richesses minières du Darfour, mais également grâce au trafic de migrants vers l'Europe via la Libye.

En 2021, les FSR participent au coup d’État militaire aux côtés du chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Burhan, mais après des dissensions avec l'allié de circonstance, ils se rapprochent du groupe paramilitaire russe Wagner et, menés par l'autoproclamé général Mohamed Hamdane Daglo, dit « Hemedti », ils se lancent en avril 2023 à la conquête du pouvoir.

 

Un silence assourdissant

 

Dans un rapport de 218 pages publié le 9 mai sous le titre « Les Massalits ne rentreront pas chez eux : Nettoyage ethnique et crimes contre l’humanité à El Geneina, dans le Darfour occidental, au Soudan », l'ONG Human Rights Watch affirme, preuves à l'appui, que les attaques menées par les FSR entre avril et novembre 2023 ont fait plusieurs milliers de morts et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes. L'ONG révèle que des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre ont été commis dans le cadre d’une campagne de nettoyage ethnique contre l’ethnie massalit et d’autres populations non arabes du Darfour. Nous sommes clairement dans un cas de génocide contre des populations noires, génocide dénoncé par les Nations unies, l’Union africaine et plusieurs organisations des droits de l'homme.

Au moment où la situation à Gaza est qualifiée de « génocide » et amplement relayée par les médias car portée par une certaine idéologie politique, on est assez surpris par l'indifférence des réactions face à ces exactions. Les crimes au Soudan ne méritent donc pas que nos étudiants bloquent Sciences Po ? Les enfants tués là-bas ne méritent pas l'indignation ? Les femmes violées et mutilées ne méritent donc pas la mobilisation de nos féministes ? La situation au Soudan ne vaut donc pas de figurer au rang des priorités dans la campagne actuelle des européennes ? Devons-nous en déduire qu'il y aurait des supposés génocides à condamner (à Gaza) et d'autres à taire, comme celui des FSR contre les non-Arabes ? Le génocide au Soudan est pourtant une réalité, les populations meurtries méritent autant que d'autres le soutien de l'opinion publique internationale.

Vos commentaires

23 commentaires

  1.  » Nous sommes clairement dans un cas de génocide contre des populations noires ». Vous découvrez la lune. Cela fait des siècles (depuis le VIIè en fait) que le sport préféré des musulmans est la chasse au Noir, soit pour le sport, soit pour la vue du sang, soit pour le business (esclavage), soit pour la gloire, au vu et au su de ceux qui veulent bien ouvrir les yeux. Bienvenue au club!

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