Le 13 septembre prochain, le PSG se déplace au stade de la route de Lorient, à Rennes. Mais une fois encore, ses supporters ne seront pas les bienvenus. Pourquoi en arrive-t-on à les empêcher de se déplacer ?

Il ne faut surtout pas nier qu’il y a eu de graves débordements dans les stades en ces dix dernières années. Une réponse forte des autorités était donc attendue et – objectivement – nécessaire. Il fallait frapper vite et fort ! Pourtant, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé… En effet – et comme sur beaucoup de sujets depuis qu’il a transféré sa capacité d’agir à des autorités supranationales –, l’État s’est révélé totalement impuissant à régler le problème des débordements dans les stades. Triste preuve : aucun suspect n’a encore été jugé dans le drame du supporter du PSG tué en février 2010 et ses proches dénoncent aujourd’hui une instruction au point mort.

Conscient de la faiblesse de ses résultats, le pouvoir politique a essayé de donner l’impression qu’il maîtrisait la situation. Et lorsqu’il s’agit de faire semblant d’agir, le PS et l’UMP rivalisent d’imagination ! C’est ainsi que la masse des supporters les plus fidèles est devenue la cible des pouvoir publics…

Dans le même temps, certains clubs ont vu dans la répression impulsée au plus haut niveau de l’État une occasion en or de se débarrasser à moindre frais des couches les plus populaires de leurs supporters, et par conséquent d’augmenter leurs recettes – notamment de billetterie. On constate ainsi une véritable explosion du prix des places dans certains stades. Cette « substitution » de public est d’ailleurs pleinement assumée par certains dirigeants, comme ceux du PSG.

Justement, quelles sont les mesures prises pour les empêcher de supporter leur équipe ?

Elles sont nombreuses ! Du côté des clubs : constitution de listes noires de supporters (comme le fait ouvertement le PSG), annulation de billets ou d’abonnements déjà vendus (par exemple, l’annulation des billets vendus pour Lens/PSG du 18 octobre prochain), refus de vente de certains billets grâce au traçage des adresse IP des supporters (ce que fait le Stade rennais en vue du match de samedi prochain contre Paris), contrôle du contenu et confiscation éventuelle de toute banderole, intervention musclée des stadiers lorsque des chants déplaisent à la direction du club, etc. Du côté des pouvoirs publics : arrêtés préfectoraux interdisant l’accès au stade et/ou interdisant le déplacement des supporters, interdictions administratives de stade, dissolution des associations de supporters (ce qui permet ensuite, par exemple, d’arrêter toute personne qui arborerait le logo de l’association), etc.

Vous estimez que les mesures répressives mises en place à leur égard sont plus ou moins légales. Pourquoi ?

En réalité, la plupart de ces mesures sont complètement illégales. Pourquoi ? Tout simplement car elles ne sont pas mises en œuvre dans le respect du cadre légal et réglementaire en vigueur. Ce n’est d’ailleurs pas un secret dans la mesure où les clubs sont de plus en plus condamnés par les juridictions civiles et que la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a récemment tapé du poing sur la table. Les arrêtés préfectoraux interdisant les déplacements sont très régulièrement contestés en justice et les interdictions administratives de stade – prononcées par les préfectures sans la moindre intervention d’un juge – sont régulièrement annulées. Il faut savoir que ces interdictions de stade sont souvent assorties d’une obligation de pointer au commissariat de sa ville tous les soirs de match de son club, ce qui constitue une atteinte grave à la liberté d’aller et venir mais aussi à celle d’une vie familiale normale. C’est un peu le retour de la lettre de cachet, version « soft ».

Pour prendre un exemple concret : un spectateur d’un match Rennes/PSG a récemment été condamné à une telle obligation de pointer au commissariat pendant une durée d’un an. Son forfait ? Avoir « levé les bras » sur une action du PSG alors que l’accès au stade était interdit à tout personne « se prévalant de la qualité de supporter du PSG ». C’est délirant ! De même, des pancartes hostiles à la direction qatarie sont régulièrement confisquées au Parc des Princes (pourtant propriété de la ville de Paris et donc du contribuable !) au mépris de la plus élémentaire liberté d’expression. Je ferai remarquer au passage que les VIP de la corbeille du Parc des Princes (Hildalgo, NKM, Sarkozy, Debbouze, etc.) oublient rapidement leur combat contre l’homophobie ou la peine de mort dès lors qu’il s’agit de profiter du spectacle offert par le royaume du Qatar et de goûter au champagne soigneusement gardé au frais dans les loges.

Pendant ce temps-là, il suffit de lire la PQR (presse quotidienne régionale) pour constater que les vrais hooligans, eux, sévissent toujours sur les terrains des divisions inférieures.

Quel est le risque de dérives à ces pratiques ?

Toute atteinte aux libertés fondamentale – même minime – est très grave. Dans un État de droit, si vous laissez une dérive s’effectuer sans la contester, vous prenez le risque que cette dérive s’étende à d’autres catégories de citoyens. Nous vivons en effet dans une société de plus en plus permissive mais où, dans le même temps, le pouvoir politique limite chaque jour un peu plus les libertés. À mes yeux, c’est toujours plus de libertaire, mais toujours moins de liberté !

Dans ce contexte, les mesures prises par les pouvoir publics et les clubs doivent retenir tout notre attention. Alors que des États étrangers – que l’on peut d’ailleurs difficilement qualifier de démocraties – et autres oligarques rachètent directement ou indirectement des clubs français, la répression dont sont victimes les supporters prend un caractère symbolique.

Car tout le monde en conviendra : ce n’est pas au Qatar (PSG) ou à l’Azerbaïdjan (RC Lens) de faire la police sur le territoire de la République.

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