On évoque toujours « l’exception française », rarement pour s’en féliciter, il est vrai. L’exception, et chacun a la sienne, est un versant de l’âme des peuples, sa matérialisation en quelque sorte. Nous, Français, sommes obsédés par « l’égalité », ayant oublié en deux siècles de révolutions incessantes qu’elle ne peut être autre chose que l’égalité des droits. Mais ça ne nous suffit pas : on veut être soi ET semblable au voisin.

L’histoire du récent peuple américain est bâtie sur un autre ressort. Ce qui meut nos amis d’outre-Atlantique, c’est la peur. Viscérale. Génétique, devrait-on dire. L’ADN des conquérants s’est nourri de la fuite devant le persécuteur (les Américains sont un peuple d’immigrés), puis de la fuite en avant (la conquête de l’Ouest). Le pays s’est construit le Colt au côté et la Winchester à l’épaule avec une réelle obsession qui traverse toute son histoire : se défendre. Contre l’Anglais, contre l’Indien, contre le voisin, contre le proche et le lointain, contre le sexe (alors qu’ils abritent la plus grande industrie du porno au monde), contre le communisme, contre le terrorisme, contre le foie gras et le camembert au lait cru, contre la guerre réelle ou fantasmée, et même contre les étoiles… Sans oublier la guerre économique, bien sûr.

Il existe, aux États-Unis, des dizaines de chaînes de télé qui ne servent qu’à entretenir la peur : chaînes météo qui diffusent en continu images de tornades ou de séismes, chaînes où l’on suit en direct la traque des criminels… De même, Hollywood abreuve le monde de films catastrophe à gros budget : fin des temps, invasions, apocalypse venue de la Terre ou de l’espace, guerres des mondes, guerres bactériologiques…

C’est pour contenir leur que les Américains sont surarmés et c’est parce qu’ils ont peur qu’ils défouraillent à tout va. Les violences policières qui se succèdent, celles qui ont notamment causé les récentes émeutes de Ferguson, sont moins des bavures raciales que des réflexes de peur. Quand un jeune flic blanc de 20 ans tire sur un gamin noir de 12 ans dans un jardin public, sans même prendre le temps d’ouvrir la portière de sa voiture, c’est qu’il crève de trouille. Et quand l’Amérique surarmée va mener sa « guerre propre » et télécommandée à des dizaines de milliers de kilomètres de chez elle, c’est aussi parce qu’elle crève de trouille. Et quand la CIA torture par délégation à des milliers de kilomètres de chez elle, c’est encore et toujours parce qu’elle crève de trouille.

Dans ce tableau, une information relayée par le Wall Street Journal du 24 novembre dernier mérite qu’on s’y arrête. C’est le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies des États-Unis (CDC) qui l’écrit : « Les hôpitaux et les agences gouvernementales aux États-Unis ont créé une pénurie d'équipements de protection contre dans certaines régions. »
Précisément : alors que 15.000 personnes ont contracté en contre 6 seulement aux États-Unis, les ont passé le râteau. Il est aujourd’hui presque impossible pour les ONG et autres médecins intervenant dans les zones touchées de se procurer du matériel, notamment les combinaisons de protection, en raison des commandes massives effectuées par le gouvernement américain soucieux de se constituer des stocks « pour protéger son territoire ». La psychose la plus délirante a fait exploser la commande locale, si bien qu’il est aujourd’hui presque impossible de répondre à la demande des pays africains.

C’est vrai, les États-Unis sont malades, mais pas d’Ebola : de la peur !

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11 décembre 2014

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