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Editoriaux - Société - 19 octobre 2013

Les anti “mariage gay” vont reprendre leur bâton de pèlerin

Le Conseil constitutionnel a dit non. Non à l’objection de conscience des maires pour la loi dite du mariage pour tous. Une fois de plus, les mendiants de la démocratie que sont les opposants au mariage gay, ceux qui depuis des mois viennent poliment frapper de porte en porte, d’instance en instance, se sont fait jeter comme des malpropres. Passez votre chemin, on ne vous fera pas seulement l’aumône d’une miette.

On ne lâche rien, scandaient l’an passé les manifestants. Mais c’est en fait le camp d’en face qui ne lâche rien, comme un chien enragé auquel il ne suffit pas d’avoir tué sa proie, mais qui veut encore la mettre en pièces. On vous a mis à terre, on vous a piétiné ? Allez hop, prenez encore ce coup de taloche.

Car enfin, quelle importance, pour ceux qui ont eu gain de cause, d’être marié par Pierre, Paul ou Jacques ? Quelle sorte de plaisir – sauf un plaisir sadique — vont-ils tirer à échanger leurs consentements devant un maire réfractaire, portant gueule d’enterrement et flingue virtuel sur la tempe ? À moins que la circulaire Valls ne précise également l’obligation de faire risette aux mariés et ne sanctionne les poignées de main point assez chaleureuses ?

Car enfin, pourquoi ne pas jouer in fine au grand seigneur, donner à tout cela un vague vernis démocratique, comme un cache-sexe pour un an de combat déloyal ? “Tenez mon brave, voici votre objection de conscience, prenez-la donc sous le bras et déguerpissez…”

Car enfin, au lendemain du tweet emphatique de Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale, opposant la loi aux valeurs avec lesquelles on ne saurait transiger sans perdre son âme, comment oser sérieusement opposer une telle fin de non-recevoir ?

Mais quelle sorte de sagesse anime donc les Sages du Conseil constitutionnel ? La sagesse de donner des gages, pour garder son séant bien au chaud, sans doute. Avec, dans la tête, cette sage recommandation de Roselyne Bachelot à Nathalie Kosciusko-Morizet : « Être gay-friendly, ce n’est pas une condition suffisante, mais c’est une condition nécessaire. » 1

La sagesse de ne pas ouvrir la moindre issue de secours dans un dispositif soigneusement étanche. Imaginez qu’ils se bousculent pour s’engouffrer ? Que l’objection de conscience ne soit pas la tocade de quelques maires excités, comme on tend à nous le faire croire, mais tourne à la pandémie ? Oui, que l’on ait détecté « un risque » en haut lieu est plus que probable. Et explique l’inexplicable.

Alors les mendiants, humbles et infatigables, plus à un camouflet près, vont reprendre leur bâton de pèlerin. Demander à rencontrer François Hollande, et poser un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. S’il reste un gisement de démocratie quelque part, ils se font fort de le débusquer. Les autres ne lâchent rien, mais eux ne lâcheront pas tout, on peut en être certain.

Notes:

  1. Cité dans « NKM, La femme du premier rang
    », par Gaspard Dhellemmes et Olivier Faye

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