La lecture de l’interview de Guillaume de Tanoüarn par Nicolas Gauthier la semaine dernière a quelque peu échauffé ma bile.

En effet, non seulement l’abbé de Tanoüarn réussit à faire l’éloge de Tareq Oubrou, “une personne spirituelle” (au sens étymologique), mais il y avoue sa “préférence” pour les croyants, au nom de l’amour que ne posséderaient pas les athées.

On s’étonnera, d’abord, du lien ainsi établi entre l’abbé chrétien et l’imam de Bordeaux, celui qui réclamait il n’y a pas si longtemps le retour du califat mondial, celui qui réclamait déjà, au moment de l’affaire Merah, bien avant le rapport sur l’intégration demandé par Ayrault, que l’on fasse disparaître de l’histoire de France les éléments susceptibles de fâcher les musulmans et que l’on réécrive notre histoire : “Il faut que l’histoire de la France soit réécrite à la lumière de la présence musulmane aujourd’hui.” C’est, me semble-t-il, une drôle de façon de montrer son amour aux Français et de les remercier pour la Légion d’honneur qu’ils lui ont offerte…

Quant à évoquer l’amour dont déborderait, sous prétexte qu’il est croyant, quand il est l’homme de l’UOIF – cette émanation des Frères musulmans qui s’étonnait que l’on puisse, après l’affaire Merah, interdire le sol de France à Qaradâwî -, ce doux imam qui appelle les musulmans à finir le travail d’Hitler… J’ai des doutes.

Et puis quoi ! Quel mépris pour les athées qui confondraient “intelligence et calcul” et qui ne verraient dans la vie “qu’un matériau qui se gère” en oubliant l’amour.

Parce que tous ces savants fous qui, bien qu’athées, passent leurs nuits et leurs vies à chercher le miracle pour sauver l’enfant qui se meurt seraient dépourvus d’amour ?

Parce que tous ces médecins philanthropes qui, bien qu’athées, consacrent leurs vies à soigner le pauvre et le nécessiteux au sein de Médecins du monde ou de Médecins sans frontières seraient dépourvus d’amour ?

Parce qu’il n’y avait pas d’athées parmi les Résistants qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont risqué leur vie pour sauver des juifs ?

Parce que ce n’est pas par amour pour nos enfants et petits-enfants que nombre des Résistants actuels à l’ de la France prennent tous les risques, bien qu’athées ?

Theo van Gogh y a perdu la vie, Ayaan Hirsi Ali – devenue athée et donc apostate – a dû fuir aux États-Unis pour sauver la sienne, mais elle continue son combat contre l’islam. Pour quoi ? Pour qui ? Pour les autres. Par amour.

Parce que le seul amour qui vaille serait celui pour Dieu ?

On rappellera en passant que des “personnes spirituelles” et pleines d’amour lapident des femmes, que d’autres pendent des homosexuels au nom de ce même amour et que l’on emprisonne ou tue, pour l’amour d’Allah, les nés musulmans devenus athées dans les pays islamiques…

Bigre, voilà un amour qui fait froid dans le dos. On me répondra que les athées sont, eux aussi, capables d’atrocités. Certes, mais ils ne séparent pas en deux des croyants et le leur au nom d’un amour dont les uns ou les autres seraient dépourvus.

Parce que, si l’on peut aimer l’homme au nom de Dieu, on peut aussi l’aimer pour lui, gratuitement, sans même avoir l’espoir de gagner l’éternité et l’amour de Dieu.

Je ne voudrais pas, à mon tour, créer des hiérarchies, mais je suis tentée de susurrer qu’il est peut-être plus beau encore d’aimer l’autre et de tout lui donner sans attendre de récompense dans ce monde et dans l’au-delà. Le véritable amour est gratuit. C’est celui que pratiquent nombre d’athées et il n’appartient pas à Guillaume de Tanoüarn de leur donner des leçons.

20 décembre 2013

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