Editoriaux - Histoire - 8 janvier 2013

La manif du 13 ? J’irai, mais avec le curé de Miribel…

J’habite en France. Et je ne suis pas du tout sûr d’aller à la manifestation du 13 janvier. Je ne suis pas seul à me tâter : même Marine Le Pen n’y va pas. C’est vous dire si je suis en bonne compagnie… Mais il y a une chose dont je suis sûr : la haine, le ressentiment, la vulgarité la plus glauque sont du côté des partisans les plus fanatiques du mariage gay. Si ces derniers venaient à contre-manifester, j’irais, sans aucune hésitation, manifester contre eux.

J’habite en France. Et je ne marche pas au pas cadencé. Je n’ai rien contre les braves gens, qu’ils soient de droite, de gauche, qui n’aiment pas qu’on suive d’autres chemins qu’eux. Mais je marche comme je veux. Avec qui je veux. Le plus souvent seul.

J’habite en France. Si j’habitais la Russie, j’irais manifester pour la libération de Khodorkovski, un oligarque ni meilleur ni pire que les autres, emprisonné pour avoir financé l’opposition. Si j’habitais le Pakistan, je défilerais pour hurler que la loi punissant de mort le blasphème est une infamie.

Si j’habitais Israël, je manifesterais avec des milliers d’autres qui réclament la création d’un État palestinien. Si j’habitais en Hongrie, je serais de gauche et je m’opposerais à un nationaliste imbécile du nom de Viktor Orban. Si j’habitais au Venezuela, je serais de droite et je protesterais contre les bouffonneries de la révolution bolivarienne. Si j’habitais La Courneuve (je sais, c’est supposé être en France), je mettrais une kippa sur la tête pour être insulté comme les quelques Juifs pratiquants qui ont choisi d’y rester.

Si j’habitais Florange (c’est en France), je manifesterais avec les sidérurgistes trompés, abusés, humiliés par des mensonges venus d’en haut. Si j’habitais Tombouctou, je hurlerais mon dégoût face aux psychopathes qui se filment en train d’amputer au nom de la Charia. Et puis non, si j’habitais Tombouctou, je serais déjà mort.

J’habite en France donc. L’espace d’une journée, la capitale de notre pays s’est appelée pour moi Miribel. Une petite localité proche de Lyon, surplombée par le plus haut monument religieux de l’Hexagone : une Madone. Rien n’est plus laid que cette statue : plus de 36 mètres de béton grisâtre et massif. Et pourtant, elle est le fruit d’une belle, très belle, histoire d’amour.

C’est ainsi que le curé, venu célébrer, le 26 juin 2011, le soixante-dixième anniversaire du jour où elle fut érigée, nous l’a raconté. Dans les années trente, un prêtre de la paroisse locale, atteint d’une maladie qui, à l’époque, ne pardonnait pas – la tuberculose, je crois –, mit son salut entre les mains de Marie. Il pria, pria, et il guérit. La statue fut son offrande, son gage d’amour.

Le curé qui officiait compara la Madone de Miribel au Taj Mahal, une des merveilles du monde, construit au XVIIe siècle par un empereur moghol pour sa bien-aimée trop tôt disparue. En ces temps-là, l’Islam persan, qui avait essaimé jusqu’en Inde, n’était que grâce et raffinements. « Cette Madone, aussi laide soit-elle, c’est notre Taj Mahal à nous » dit le curé. Et il enchaîna sur une phrase du grand philosophe Yankélévitch : « Ce que Dieu affirme, l’amour le confirme. »

Je n’ai pas oublié ce prêtre. Et, tout bien réfléchi, s’il vient à Paris le 13 janvier, je suis prêt à manifester. Mais près de lui.

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