Analyser les raisons des succès est intéressant, mais l’exercice est bien moins passionnant que de se pencher sur les motifs des abandons ou des défaites.

Talleyrand soutenait, lui qui était un spécialiste, que la trahison n’était qu’une affaire de dates. On pourrait soutenir que la politique, en général, ne relève que de la chronologie et du bon choix des séquences.

Je ne peux pas m’empêcher, depuis que le président de la République a annoncé son retrait, de m’attacher à tout ce qui aurait pu être autrement s’il avait été tactiquement mieux avisé.

D’abord une faille de sa personnalité. Les hommes de pouvoir n’en sont pas dénués et il n’a pas été le seul à pâtir de cette faiblesse. Nicolas Sarkozy comme d’autres ont été victimes de cette surestimation de soi. Il est clair que s’est vu trop beau, trop brillant, trop au-dessus du lot au sein d’un monde dont il méprisait la plupart des représentants de gauche comme de droite. Se croyant plus fort que les événements, il a été dominé par eux.

Ensuite, les méfaits d’un mimétisme qui égare. François Hollande s’est imaginé qu’il suffisait de remettre ses pas dans ceux de pour devenir presque mécaniquement un génie de la stratégie et de la tactique comme son modèle. On a constaté, au contraire, qu’il nous a offert en dégradé et en médiocre les vertus du "tempo" et des calculs de François Mitterrand. L’attente est devenue hésitation et l’observation retard. Supposant imposer son rythme, François Hollande a été victime du rythme des autres.

Sa principale erreur qui, paradoxalement, démontrait qu’il demeurait encore chez lui une naïveté. s’est déclaré candidat à la présidence de la République et celui qui estimait qu’il lui devait tout a été totalement surpris par une résolution dont il avait sous-estimé la profondeur et la constance. On ne peut même pas dire qu’Emmanuel Macron a caché son jeu. Il n’a cessé, au contraire, carte après carte, de le montrer mais le président de la République, battu sur un terrain où il se jugeait indépassable, s’est laissé abuser, qualifiant de "bluff" cette ambition en marche.

François Hollande déclarant sa candidature plus vite, plus tôt aurait rendu celle d’Emmanuel Macron difficile, voire inconcevable. Dans tous les cas il prenait l’initiative et cette énergie fondée sur l’incroyable optimisme dont il avait fait preuve au cours des déboires tragiques ou ridicules de sa présidence rassemblait autour de lui, coagulait des soutiens dispersés, redonnait vigueur à la gauche officielle et laissait une chance au combat à venir.

Sa candidature lui permettait alors d’accueillir comme un bonus et presque une légitimation les heureuses nouvelles qui, quoique tardives, embellissaient le présent et auguraient d’un futur plus satisfaisant. Trois mois de baisse du chômage : sur le marché du travail, on n’avait pas connu cela depuis 2008 ! François Hollande, déjà en lice, aurait été fondé à s’honorer de cette avancée alors que son désistement le conduit à n’éprouver que de la nostalgie et du regret pour ce qui est en train d’advenir et qui relève encore à peine de son bilan puisque, symboliquement, le Président est proche de l’absence.

Rien ne démontre que s’il n’avait pas été ce Hollande piètrement et narcissiquement temporisateur, il se serait retrouvé au second tour. Qu’il n’aurait pas été mis sur la touche démocratique par François Fillon – "préparant son offensive pour 2017" (Le Figaro) – et par Marine Le Pen installée constamment dans la joute finale par les intentions de vote.

Mais l’issue de son quinquennat aurait eu une autre allure.

Hollande Cunctator ! Il se serait passé de cette référence à l’antique.

Extrait de : Hollande Cunctator…

28 décembre 2016

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