Editoriaux - International - 19 février 2013

Journalisme de dénonciation contre journalisme de caniveau

Vous connaissez le Komintern ? C’est l’abréviation russe pour l’Internationale communiste dissoute en 1943. Ouh là, mais c’est vieux, ça ! C’est du passé, ça ! Eh bien, non.

Les Inrocks sont en effet accusés d’avoir bien appris les leçons du Komintern en matière de formatage des esprits. Il est question dans la chronique qui les flingue d’un article de ce magazine, relevant le passé d’extrême droite de certains chroniqueurs qui officient, entre autres, sur Boulevard Voltaire. Ah, ce Komintern, que de mal fait-il encore !

Puisque nous avons été ainsi plongés dans le passé, notons qu’à cette époque, l’Internationale communiste était soumise à rude concurrence. Un certain Goebbels faisait, dans le même domaine, preuve de beaucoup plus de talent que les hiérarques du Komintern. Mais, très injustement eu égard à ses compétences, il n’est même pas nommé.

Certains – il s’agit de la même période – préféraient Hitler à Léon Blum. D’autres aujourd’hui préfèrent Goebbels au Komintern. Moi c’est l’inverse.

Passé encore. Dans la chronique déjà citée, il y a un lien qui permet de lire l’article incriminé. Il est daté du 12 octobre 2012 ! Mais c’est vieux, ça ! La date de péremption est peut-être dépassée ? Pas du tout. L’auteur de la chronique est – c’est écrit – artisan. Artisan orfèvre à coup sûr. Et cent fois sur le métier il a remis son ouvrage. Des mois pour peaufiner chaque phrase, pour ciseler la forme. Parfois – ce n’est pas toujours le cas –, ça donne des chefs-d’œuvre…

Passé encore et pour finir. La chronique de l’artisan, qui, décidément, frétille comme un poisson dans l’eau des années 30 et 40, est illustrée par une photo où figurent des enveloppes. Elles sont adressées au Commissariat général aux questions juives, à la police, à des préfets (il y en a près d’un million comme ça dans les archives policières). Des lettres signées (pour se faire bien voir des autorités de l’époque) dénonçant les Juifs, les communistes, les gaullistes, les francs-maçons.

Si cette image est là pour dire que Les Inrocks font le même boulot que ces délateurs, c’est grotesque. Si c’est pour dire que tout se vaut, que les corbeaux de l’Occupation valent bien Les Inrocks et inversement, c’est abject. S’ils avaient eu le choix, les gamins juifs assassinés auraient fait la différence.

Image pour image, j’apprécierais que leurs visages illustrent mon article. Mais n’étant pas, contrairement à ce que croient certains, que « tribaliste », je me satisferais volontiers de l’Affiche rouge et de ses vingt-trois fusillés, de Guy Môquet assassiné à 16 ans, de Jean Moulin et d’Honoré d’Estienne d’Orves.

PS : Journalisme encore. Je découvre dans une autre chronique une très élégante formule pour désigner Bertrand Delanoë : « Notre-Dame de Paris ». Je croyais jusqu’à maintenant que ce genre de graffiti était exclusivement réservé aux murs des chiottes.

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