Editoriaux - Histoire - Médias - Politique - Table - 12 août 2014

Jean d’O, ou le gala des Restos de la peur

Jean d’Ormesson me rappelle les vieilles confiseries que l’on trouvait sur le placard de mère-grand. Confites de l’orgueil d’être encore vues, sucrées jusqu’à la folie. Et puis, quand on déroule le papier des idées, ça colle aux doigts. Une fois avalé, le bonbon d’Ormesson est du genre à foutre la drouille 1 au pékin imprudent. Un coup de gnôle là-dessus, et tout ce verbiage, toutes ces dentelles élégantes et soporifiques sont dissoutes. Quand vous l’écoutez, n’oubliez pas le flacon !

Ce dimanche 10 août, « 13 h 15 le dimanche » (l’émission feutrée de Laurent Delahousse) fut un cours d’anthropologie à ciel ouvert. Des rangées de vieux bouquins au garde-à-vous et, installé dans un fauteuil, le papy chouchou des médias, grandes chaussettes noires et pantalon aux fraises : Jean d’Ormesson. Le réac en peau de banane, le droitard aux yeux pétillants comme un verre de Vichy. L’interview commence fort : l’homme de lettres sort la brosse à reluire. L’« intelligence » de Sarko, voilà ce qui l’a ébloui !

On glose ensuite gentiment sur l’histoire politique, dans une ambiance comme les aime Delahousse, cocooning, genre conversation au coin du feu – sans le feu. Tour à tour, on glisse sur les cadavres, Mitterrand, Chirac… On renverse l’ectoplasme du Bourget. Puis vient le moment tant attendu par le beau gosse mielleux : Marine. On parle soudain exaspération, colère, sous-France à moins que ce soit souffrance, j’ai mal entendu. C’est le morceau de cabillaud pas cuit qui obstrue la gorge, c’est le “pastaga” noyé au boui-boui du coin. On sent que ça dégoûte les gens de bonne compagnie. Alors il faut y aller, dans les maisonnées du pays, il y a du monde. C’est dimanche, on est à peine au deuxième verre de vinasse dans les salles à manger. Toutes les chaumières tremblent, toutes les familles branchées sur France 2 attendent le message de l’oracle ! Que pensent de la fille Le Pen les gens comme il faut ?

« Il est peu plausible, franchement impensable, qu’elle dirige un gouvernement en France », déclare le vieux sage. Mais « elle va approcher des 50 % ». Les phrases se succèdent, et Mélenchon ou Debbouze auraient pu sortir les mêmes poncifs : « Il est intolérable de semer la haine et de monter des Français contre des Français. » Un vrai gala des restos de la peur. Mais le vieux déraille un peu, gâtant le propos : « Les solutions que propose Marine Le Pen sont inacceptables. » Parce que « dans ma jeunesse, il fallait choisir entre Hitler et Staline, je n’étais pas stalinien, mais j’ai choisi Staline ! J’ai chanté les louanges de Staline. » Draps sans la housse mal à l’aise…

Puis, dansant au milieu de l’hospice du temps, le grand bourgeois s’encanaille comme toujours, se goinfre de mots avec l’ardeur d’un ado “facebookien” : « Il faut que nous décroissions pour que les autres croissent ! » ; c’était la minute tiers monde.

« Nous vivons dans un monde d’impostures », conclut-il. Pas faux, Jean.

Notes:

  1. Drouille : “diarrhée”, en patois, mais aussi “marchandise sans valeur” et “femme de mauvaise vie”.

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