Michel Sapin est content. Oui, mais content comme le héros du Dîner de Cons dans lequel Thierry Lhermitte-Brochant chante à Jacques Villeret-Pignon : « Il est méchant, monsieur Brochant, il est mignon, monsieur Pignon. »

Dans ce gouvernement digne de cette comédie culte, on imagine assez bien chanter au ministre du Travail après ses dernières déclarations : « Il est méchant, le Pôle emploi, il est mignon, le BIT. »

Car question baisse du chômage, inversion de la courbe et promesse de Corrézien (désormais pire que celle d’un Gascon), c’est selon qu’on est « Pôle emploi » ou « Bureau international du travail »

L’ennui, c’est que les Français à la recherche d’un emploi ne connaissent généralement que le premier et n’ont même pas idée de ce qu’est le second.

« Au titre de Pôle emploi, il n’y a pas eu d’inversion ; au titre du BIT, il y a eu inversion. À chacun de retenir l’indicateur qu’il souhaite », a estimé le ministre du Travail. Et donc, l’engagement de faire baisser le chômage fin 2013 pris par « Moi Président » aurait bel et bien été respecté, qu’on se le dise… L’INSEE n’a-t-il pas publié un taux de chômage en recul, au 4e trimestre, de 0,1 point ?

Et pour preuve de ses dires, le ministre de la France d’en haut explique aux prolos de celle d’en bas : « Il y a deux types de statistiques, elles ont chacune leur valeur. Celle qui est regardée par le monde (comprendre : le taux de chômage selon les normes du Bureau international du travail), c’est celle qui est parue (jeudi dernier) ; c’est sur elle que repose l’engagement, pris auprès de la Commission européenne, qui a été respecté. »

Avant, on disait : « Vu à la télé ». Maintenant, on dit : « Validé à Bruxelles »… Autres temps, autres mœurs ! Chômez en paix, braves gens, la finance veille…

Oui, mais voilà : l’INSEE vient tempérer un tel optimisme béat : « Il est aussi possible, compte tenu de la persistance des difficultés sur le marché du travail, que certaines personnes inscrites ne déclarent plus souhaiter travailler lorsqu’elles répondent à l’enquête Emploi [de l’INSEE, NDLR]. » Et Éric Heyer, directeur adjoint du département Analyse et prévisions à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), enfonce le clou : « La légère baisse indiquée par l’enquête Emploi de l’INSEE est surtout due à des sorties de l’activité, en raison de possibles découragements à trouver un emploi. »

Quel méchant, ce monsieur Heyer, alors qu’il est si mignon, monsieur Sapin…

On comprend pourquoi le ministre du Travail fanfaronne après le recul du chômage de 0,1 % annoncé par le BIT, et alors qu’il sait très bien que ces chiffres ne recoupent pas les mêmes modes de calcul : à quinze jours des élections municipales et à quelques semaines des élections européennes, tout est bon pour sauver ce qui peut l’être.

Si lui-même est à moins de 28 % de popularité, celle du couple exécutif, selon Harris Interactive, continue chaque mois de chuter ; en février, le Daft Punk de l’Élysée perd trois points de confiance en un mois (25 %) et l’ectoplasme de Matignon quatre points (23 %). Plus grave encore, l’un et l’autre enregistrent une forte baisse de confiance chez les sympathisants socialistes.

Alors, la bonne vieille méthode Coué, pourquoi pas ? a-t-il dû se dire…

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