Editoriaux - Histoire - Société - Tribune - 17 juillet 2014

GPA : Jacques Delors et Lionel Jospin montent au Front

Quand les historiens des siècles à venir jugeront de la GPA (Gestation pour autrui), ils auront certainement du mal y retrouver leurs petits, sachant que même les observateurs contemporains y peuvent parfois perdre leur latin.

En effet, il est trop facile d’affirmer qu’il s’agit d’une « loi de gauche » combattue par un « peuple de droite » ; lors de la Manif pour tous, on a pu constater que c’était un brin plus complexe. D’aucuns prétendront que ce texte était à mettre au crédit du « lobby gay » ; mais s’il existe à l’évidence des groupes de pression homosexuels, « le » lobby gay n’est que vue de l’esprit, à l’instar « du » lobby juif ou « de » son pendant franc-maçon.

Histoire de peut-être un peu plus brouiller les cartes, le 13 juillet dernier, Jacques Delors et Lionel Jospin signaient une tribune commune, publiée par Libération.

On peut, entre autres fortes phrases, y lire ceci : « Le 26 juin, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France en ce qu’elle exclut de son droit une telle transaction sur femme et enfant. Car la Cour de cassation s’était opposée à ce que les filiations issues de conventions organisées à l’étranger soient transcrites sur l’état civil français : en effet, si notre droit l’admettait, alors ce contrat, pourtant contraire à l’ordre public, aurait la même efficacité qu’un contrat valable, ce qui est la seule chose recherchée par les parties à ce contrat

« Si la France plie, si les filiations des enfants issus de contrats de mères porteuses faites à l’étranger sont inscrites à l’état civil français, alors le marché des bébés devient de fait efficace. Le contrat de mère porteuse fait à l’étranger sera aussi efficace que s’il était licite. »

C’est attentivement qu’il faut lire ces lignes, paraphées par une catholique et un protestant des plus emblématiques. Surtout dans le cas de Jacques Delors, européiste s’il en est, voilà la première fois que deux hommes d’un tel calibre estiment que le droit français peut primer sur son homologue européen et que la loi d’Antigone est susceptible de prévaloir sur celle de Créon.

La suite vaut son pesant de circulaires et de cacahuètes : « Une fois cela acquis, monsieur le Président, comment allez-vous expliquer aux Françaises et aux Français que, s’ils ont de l’argent, ils pourront aller acheter un bébé à l’étranger et le faire inscrire comme leur fils ou leur fille sur l’état civil français tandis que, s’ils ne sont pas assez fortunés, ils devront subir l’interdiction qui demeurerait en droit français applicable aux contrats de mère porteuse réalisés en France ? »

Nous y voilà. La marchandisation de l’homme, dans la suite logique de celle du monde. Autrefois, le marxisme-léninisme n’avait de l’humanité qu’une vision matérialiste, mécaniste, scientiste. Le néo-libéralisme ou le turbo-capitalisme ont depuis attrapé le relais au bond avec une toute autre efficacité ; s’il fait mal, le knout formait-il au moins des hommes, au contraire de l’actuel goulag de coton.

Logique donc, la longue liste de signataires de ce manifeste, majoritairement issue de la gauche, mais pas seulement. Autant la droite lutte avec des arguments « moraux » ; autant la gauche monte au front avec une dialectique « antilibérale ». À contrario, on peut aussi se dire que la gauche se rappelle qu’elle eut autrefois des valeurs, tandis que la droite se rend compte qu’elle a naguère un peu trop aimé l’argent.

Les deux méthodes ont leurs avantages et inconvénients respectifs. Mais que les deux coïncident n’est pas la plus mauvaise nouvelle de cet été enfin ensoleillé.

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