Dans un scrutin uninominal à deux tours par circonscription, le Front national est quasi inexistant au second tour, submergé par les votes utiles de droite comme de gauche. Dans un scrutin proportionnel à un tour, il fait un malheur, et lorsqu’il y a deux tours, au premier il crève le plafond, qui se referme au second. Les commentaires jaillissent après chaque élection, qui veulent tirer des conclusions hâtives mais néanmoins définitives des résultats. Pour les dernières régionales, le premier tour permettait aux journaleux d’affirmer l’installation d’un « tripartisme » et le second les amène à évoquer une grande coalition à l’allemande que les Français souhaiteraient à 70 % selon un sondage. Juppé serait l’homme idéal de la grande coalition. Sarkozy, et ses clins d’œil au FN pour récupérer ses voix au second tour, seraient hors de saison, puisque le FN sera présent.

Pour éviter d’être aspiré par le tourbillon médiatique qui empêche de réfléchir, il faut d’abord dissiper l’illusion allemande. L’histoire de ce pays, fracassé par le nazisme, puis en partie occupé et totalement menacé par le communisme, l’a rendu allergique aux extrêmes. La passion ne l’habite pas. Il s’en méfie et lui préfère un conformisme pragmatique. Blotti sous la protection américaine, il suit la politique internationale de l’OTAN, en évitant le plus possible les interventions militaires. Poids majeur de l’Union européenne, il demeure le moteur le plus puissant de la construction européenne et, donc, de la disparition des nations. Cette évolution ne le panique pas. L’Allemagne est récente : à peine un siècle et demi. Les régions y sont de plus longue durée. La recherche rassurante du consensus est un besoin psychologique national.

La France a une autre histoire. C’est une nation de vieille souche qui regarde son histoire avec la nostalgie d’une gloire passée. Ses déconvenues plus récentes, ses fautes politiques récurrentes créent chez elle des tensions fortes. Le bon sens la fait pencher à droite. Mais les communistes ont eu large pignon sur rue et même place au gouvernement. La droite extrême y a mauvaise réputation. Le microcosme médiatico-politique, les « VIP », du show-biz à l’Église en passant par le MEDEF, lui sont fermement hostiles, non sans une lecture du passé fortement erronée. Une décolonisation en grande partie ratée et un socialisme rampant ont ajouté aux difficultés d’une immigration excessive et de plus en plus mal assimilée, le déclin d’une écrasée par la dépense publique. Les Français ont donc conscience de l’échec de leur pays et ils rêvent : un tiers rêve du sursaut national, les deux autres de faire de la France une autre Allemagne.

Rêver d’une coalition entre des gens que tout sépare, sauf le désir de garder le pouvoir, n’est pas plus sérieux que d’espérer faire tomber la muraille à coups de slogans peu crédibles et parfois anxiogènes. Sur pratiquement tous les sujets, de l’immigration à la famille, en passant par la sécurité, l’économie, l’éducation, la France est sur une pente fatale que seules les thèses fondées sur le patriotisme, le et le conservatisme peuvent redresser. Ces idées sont présentes dans de nombreuses formations politiques, y compris chez Les Républicains comme au Front national. Elles sont essentielles au RPF, à la Droite libre comme à l’Avant-garde. Elles sont absentes à gauche. Il est donc plus que jamais nécessaire de reconstruire une vraie droite fondée sur elles et capable de reprendre en main le destin de la France.

18 décembre 2015

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