Cinéma - Culture - Editoriaux - Table - 21 août 2014

FILM : Les Combattants, de Thomas Cailley

Récemment sélectionné à Cannes pour la Quinzaine des réalisateurs, Les Combattants, de Thomas Cailley, est sorti mercredi sur les écrans français. Ce premier long-métrage du réalisateur, à mille lieues pourtant du cinéma parigot-mondain dont nous abreuve habituellement le festival, a pu jouir d’une couverture médiatique pour le moins confortable et, pour une fois, méritée !

Loin de Paris et de sa métropole, Les Combattants, sous ses allures de film provincial, pose dans les Landes le cadre d’une romance un peu loufoque entre deux jeunes gens paumés, sur laquelle on se garderait bien de parier un kopeck : la première est acariâtre, masculine, passablement paranoïaque et dans l’attente de la fin du monde, nourrie de surcroît à toute cette culture survivaliste qui pullule depuis quelques années sur la Toile ; l’autre, encore un pied dans l’enfance, est plus nonchalant, plus passif, et suffisamment généreux de sa personne pour ajuster son caractère à celui de sa partenaire.

Madeleine sait qu’elle ne peut compter que sur elle-même dans la vie. Arnaud, lui, ne pense que l’instant présent et refuse de se poser trop de questions. Dès lors, l’union des deux paraît improbable.

Le réalisateur, cruel et tendre à la fois, croque avec ironie la génération 90, dont il raille volontiers les errances, la soif d’absolu et les velléités qui en découlent bien souvent. Pourtant, le personnage de Madeleine va prendre le contre-pied de ses contemporains et entraîner malgré elle le benêt Arnaud dans sa frénésie. Ensemble, ils ne savent pas trop où ils vont – nulle part, probablement – mais sont déterminés à y aller !

Avec Les Combattants – sorte de fusion un peu excentrique entre Sofia Coppola et Riad Sattouf, allant même par moments jusqu’à puiser ses références dans Full Metal Jacket (!) –, Thomas Cailley livre un film caustique à l’humour dilué, pince-sans-rire, et un tantinet anesthésiant.

Cependant, malgré le plaisir certain que l’on prend à suivre ces deux canards boiteux, le film souffre d’une baisse de régime importante dans sa dernière demi-heure, le réalisateur ayant fini par prendre ses personnages un peu trop au sérieux à travers leur épopée survivaliste, l’air de dire que les angoisses des jeunes (mais desquelles parle-t-on ?) sont fondées, légitimes, et que ceux-là seront mieux préparés que les autres à faire face à l’adversité…

“L’optimisme, disait Bernanos, est un ersatz de l’espérance, qu’on peut rencontrer facilement partout, et même, tenez par exemple, au fond de la bouteille…”

Toujours est-il que Les Combattants se révèle un film léger dans son ensemble, certes pas toujours drôle, mais agréable à suivre pour ses personnages – mention spéciale à Kevin Azaïs, qui respire naturellement la gentillesse et l’empathie – et ce, malgré une mise en scène et un montage relativement peu inspirés.

Un film à voir.
3 étoiles sur 5.

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