Cinéma - Culture - Editoriaux - Politique - Société - 4 mars 2017

Film / Les Fleurs bleues : la dernière charge anticommuniste d’Andrzej Wajda

Décédé le 9 octobre 2016 d’une insuffisance pulmonaire, Andrzej Wajda nous livre à titre posthume son dernier film, Les Fleurs bleues, sorti en France le 22 février. À cette occasion, le cinéaste polonais étrille une dernière fois le régime communiste, comme il s’était attaché à le faire tout au long de sa carrière (L’Homme de fer, Danton, L’Homme du peuple) et dont il contribua modestement, avec bien d’autres, à provoquer la chute à l’été 1989, lorsque le syndicat Solidarność remporta les élections législatives en Pologne.

Avec Les Fleurs bleues, Wajda revient plus particulièrement sur le traitement inhumain réservé à ces artistes qui, à l’instar du peintre d’avant-garde Władysław Strzemiński, se virent interdire par le régime le droit de pratiquer leur activité en raison de leurs réticences à embrasser l’esthétique unique du réalisme socialiste.

D’abord renvoyé de l’école des beaux-arts de Łódź où il enseignait, Strzemiński voit ses œuvres démolies par les autorités – un peu à l’image de ce qui se fera, vingt ans plus tard, sous la révolution culturelle de Mao – avant de perdre sa carte de travail, nécessaire à l’obtention de matériels de peinture et de tickets de rationnement. En fin de compte, tout semble mis en œuvre afin d’écarter l’individu récalcitrant de la société, voire carrément du genre humain, jusqu’à pratiquement effacer son existence. On se souvient, alors, de Staline retouchant au gré des épurations les photographies des personnalités politiques avec pour but d’effacer les visages des hommes tombés en disgrâce.

Du reste, les arguments du régime, personnifié par le ministre de la Culture, en faveur de l’esthétique réaliste socialiste – classique, figurative et accessible à tous – contre l’art abstrait et conceptuel que prisent tant les intellectuels occidentalistes de sensibilité libérale, ne manquent pas de pertinence. Si l’on pense, comme Gramsci, que le culturel précède le politique, alors l’avant-garde à laquelle appartenait la peinture de Strzemiński constituait un danger certain pour le régime communiste. Cette culture-là est, d’ailleurs, à l’œuvre aujourd’hui dans l’Occident libéral et offre le pendant esthétique à tous les délires déconstructivistes de la modernité…

La polémique de l’époque, foncièrement idéologique, était donc en soi légitime, mais Wajda la déconsidère d’emblée à travers son film en l’associant à la stupidité et au sectarisme des tenants du pouvoir (le ministre de la Culture) sous prétexte qu’ils usent de moyens condamnables pour faire avancer leur cause. Si bien que les arguments des communistes sur cette question précise sont à peine évoqués et de façon très caricaturale. Sans doute la finesse eût été, pour Wajda, de faire porter cette critique de l’abstraction conceptuelle par un personnage neutre, extérieur à l’État, pacifiste et cultivé, afin d’ouvrir un dialogue réel et philosophique avec l’avant-gardiste Strzemiński, et de pouvoir répondre à l’interrogation suivante : de quelle politique accouche l’art ? Quel type de politique pour quel type d’art ?

Ce qui intéresse Wajda, on l’a bien compris, ce ne sont pas tant les questions idéologiques que le traitement subi par le peintre et l’état de misère dans lequel il a fini ses jours.

Par conséquent, il résulte de tout cela un film académique – dans son propos comme dans sa forme (utilitaire) –, purement informatif, bénéficiant du respect dû à toute œuvre tirée de faits historiques.

3 étoiles sur 5

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