Discours - Editoriaux - Le débat - Société - 4 avril 2016

Faut-il rétablir la peine de mort pour les terroristes ?

François Hollande et Manuel Valls le répètent : la France est en état de guerre. Dans ce contexte, ne serait-il pas légitime de rétablir la peine capitale pour les auteurs de crimes odieux, comme ceux qui ont ensanglanté la France par deux fois en 2015 ? Le débat mérite d’être lancé sur ce sujet.

Après Xavier Bertrand qui a affirmé, le 24 mars, sur BFM, qu’il n’aurait pas voté l’abolition de la peine de mort en 1981 s’il avait pu voter, et préconise pour aujourd’hui l’accomplissement d’une perpétuité réelle, le député Les Républicains Olivier Dassault s’est dit favorable au rétablissement de la peine de mort pour les auteurs d’actes terroristes.

De son côté, Louis Aliot, vice-président du Front national, apporte un nouvel argument pour justifier un rétablissement partiel de la peine capitale : le discours de Robert Badinter lui-même, le 17 septembre 1981. S’interrogeant sur un éventuel état de guerre, qu’il jugeait improbable, le garde des Sceaux s’exprimait en ces termes à propos des mesures à prendre : « Ce sera au gouvernement et au législateur du temps de l’épreuve, si elle doit survenir, qu’il appartiendra d’y pourvoir. » Le moment ne serait-il pas venu ?

Le rétablissement de la peine de mort est un sujet qui fait débat au Front national. Si Marine Le Pen parvenait au pouvoir, un référendum sur la question pourrait être organisé. Certains des cadres du parti, comme Marion Maréchal-Le Pen, Florian Philippot ou Gilbert Collard, sont opposés à cette option, estimant qu’une peine incompressible de perpétuité serait préférable.

Entre ces deux points de vue, il est difficile de faire un choix sans nuance. Les auteurs d’attentats terroristes ou, plus généralement, les auteurs de crimes barbares ne se sont-ils pas d’eux-mêmes retranchés de la communauté humaine ? Ne faut-il pas, par le châtiment suprême, les mettre définitivement hors d’état de nuire ? Mais, d’autre part, croit-on que l’éventualité de la peine de mort retiendrait les djihadistes, qui se font exploser ou rêvent de mourir en martyrs ? De plus, rétablir la peine de mort dans certains cas justifiés, n’est-ce pas ouvrir la porte aux pires dérives, elles, injustifiables ?

Une chose est sûre cependant : ceux qui prônent le respect de la vie, de sa conception à la mort, devraient, en toute logique, ne pas souhaiter le rétablissement de la peine de mort. C’est une attitude plus difficile à tenir qu’il n’y paraît. Elle suppose qu’on s’engage à trouver des solutions alternatives qui mettent la société à l’abri des assassins et des barbares. La détention perpétuelle, voire les travaux forcés ne vaudraient-ils pas mieux qu’une peine de mort qui, quelle que soit l’horreur du crime, ne peut qu’enlever une part d’humanité à ceux qui la prononcent ?

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