Une « femme à barbe » au top de l’Eurovision et on se demande si la modernité triomphe. Si j’osais, je dirais : l’ignorance, quelle barbe !

Voilà des millénaires que le travesti, sous toutes ses formes, est l’essence même du théâtre en particulier, et de la scène en général. Les tragédiennes du théâtre d’Épidaure étaient des hommes, masqués, montés sur cothurnes, déclamant dans des bouches en entonnoir de haut-parleur. Et pendant des siècles, sur nos places publiques, sur le parvis des églises, au théâtre, les hommes ont joué les rôles féminins, ils se sont donc travestis. Au Japon, le théâtre nō a ceci de particulier que des vieillards chenus peuvent jouer des rôles de jeunes filles à peine pubères. L’essentiel est de représenter, pas d’être réaliste.

Thomas Neuwirth (non, rien à voir avec notre père de la pilule, feu Lucien Neuwirth de bonne mémoire, député gaulliste, Compagnon de la Libération, qui réussit à causer contraception avec le général de Gaulle), Thomas Neuwirth, donc, artiste autrichien travesti, a remporté le concours de l’Eurovision. Et les commentaires d’aller leur train de lieux communs : la modernité, la reconnaissance de la bisexualité, le « genre » mis à mal par cet homme à barbe moulé dans sa robe pailletée.

Billevesées évidentes. Thomas Neuwirth, dit Conchita Wurst (en français : Coquillette – ou petite coquille – Saucisse), affirme lui-même : « Je ne veux pas être une femme, mon boulot c’est d’être une “queen”, mais à la maison, je suis un garçon très paresseux. » Voilà donc un artiste comme ceux et celles qui défilent sur la scène du cabaret de notre Michou de Montmartre, et comme ceux qui depuis des siècles sur toutes les scènes du monde et dans toutes les cultures jouent (et même au feu de camp) à tromper les apparences de la réalité pour mieux raconter une histoire.

Quant à l’homosexualité, ou la transsexualité, elles n’avaient pas besoin de Conchita Wurst pour se révéler au monde. Elles aussi, depuis Sophocle ou Plaute, jusqu’à La Cage aux folles, vivent leur vie planétaire, au-delà des interdits ou des tolérances, ou des modes…

Le « buzz » adore les transgressions en peau de lapin !

Au fait, la chanson et son interprète sont-ils à la hauteur du concours ? Voilà une bonne question, non ?

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