Alors qu’Elon Musk (ex-PayPal, désormais SpaceX et Tesla Motors) vient de préciser les lignes générales de son projet “Neuralink” d’amélioration des capacités cognitives humaines, par la conception d’une interface homme/machine reliant notre propre réseau neuronal interne à une intelligence artificielle externe, d’aucuns n’hésitent pas à lui conférer des contours explicitement idéologiques, politiques.

(IEP/HEC/ENA, chirurgien, ex-Doctissimo, ancien proche d’Alain Madelin), défenseur d’un “transhumanisme libéral” théoriquement distinct de l’eugénisme, partisan de La Mort de la mort par la “technomédecine” (Jean-Claude Lattès, 2011), interprète ainsi le projet Neurolink sur son compte Twitter :

“Elon Musk, c’est la vraie gauche du XXIe siècle. Hamon et Mélenchon, c’est la gauche de 1850. Être de gauche, c’est augmenter le QI des pauvres.”

Sans doute le propos de Laurent Alexandre peut-il être compris et interprété à son tour de diverses manières. Notons qu’Elon Musk présente son projet comme un moyen de mise à jour de l’espèce humaine, comme la réponse à l’avènement jugé imminent d’une intelligence artificielle autonome radicalement supérieure, nous condamnant à l’obsolescence. Certaines catégories sociales seraient-elles plus menacées que d’autres ? Pour quelles raisons ? Ces questions semblent désormais posées aux sociétés occidentales par des acteurs techno-scientifiques, économiques et médiatiques que les tenants de la souveraineté de l’État doivent apprendre à prendre en compte.

Dans un tel contexte, une loi ou une compagnie de gendarmes mobiles ne peuvent suffire à arrêter une technique, et moins encore une idée. Que nous le voulions ou non, que nous soyons ou non dépassés par la complexité des problèmes qui apparaissent présentement, par leurs implications, une révolution est déjà en marche qui se joue des États, des programmes et des personnalités des candidats à l’élection présidentielle.

Ceux-ci sont-ils, aux yeux de Laurent Alexandre, des hommes de “1850”, lorsqu’il se pense comme l’un des hommes, l’un des accoucheurs et interprètes de “2050”, c’est-à-dire du futur proche ? Ne sont-ils pas les hommes dépassés, obsolètes, tenants d’une vision de la souveraineté et d’une pratique politique désormais marginalisés, périphériques, ne pouvant décider en profondeur et efficacement de l’avenir, de l’organisation des États et des liens qui unissent les hommes ? Semble-t-il.

S’appuyant sur des innovations objectives, une figure médiatique peut sans doute disposer de plus d’influence, sinon de plus de pouvoir sur les mentalités, partant sur les décisions des acteurs – de vous, de moi – que n’importe quel homme d’État. A fortiori lorsque les candidats à la magistrature suprême s’attachent à ne rien dire des sujets les plus décisifs.

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