Editoriaux - International - Politique - 2 novembre 2016

Enfin un président au Liban : une double répercussion pour le Moyen-Orient

L’élection de l’ex-général Michel Aoun à la présidence de la République libanaise est une bonne nouvelle à plus d’un titre.

Tout d’abord, il faut signaler que rien n’aurait pu se faire et que rien n’aurait permis de pallier la dangereuse vacance de la présidence libanaise (plus de deux années !) si un homme, Samir Geagea, chef des Forces libanaises et adversaire de toujours de Michel Aoun, n’avait décidé, par pur patriotisme et par souci de sauvegarder l’indépendance et la spécificité chrétienne du pays des Cèdres, d’apporter son soutien à celui-ci.

Toute la classe politique, stupéfaite au départ, a cependant compris l’importance historique de ce geste et a décidé d’emboîter le pas au chef des FL. Les sunnites de Saad Hariri se sont rangés derrière la candidature de Michel Aoun, et surtout le Hezbollah qui, bien qu’allié au CPL, le parti du général, s’est trouvé contraint de se rallier à cette candidature d’unité nationale alors que, dans son for intérieur, le Hezbollah ne voulait absolument plus d’un président chrétien au Liban… et, qui plus est, non totalement à sa botte.

Les conséquences de cette élection sont triples :

1) La stabilité du Liban actuel est assurée, avec en particulier la consécration du principe de partage du pouvoir politique à égalité entre chrétiens et musulmans (sunnites et chiites confondus). Ainsi, au moins pour un temps, le spectre d’un nouveau partage du pouvoir (“un tiers/un tiers/un tiers”… pour chrétiens/sunnites/chiites) voulu par le Hezbollah est écarté.

2) C’est un signal fort envoyé à toute la région sur la capacité des chrétiens à savoir s’unir pour défendre la démocratie et la liberté lorsqu’elles sont menacées. On peut réellement parler, dans ce cas, d’une réelle vocation de rayonnement de la communauté chrétienne au Moyen-Orient.

3) C’est évidemment un coup d’arrêt à la déstabilisation totale du Moyen-Orient suite à celles de l’Irak puis de la Syrie. Les chrétiens démontrent aux yeux du monde qu’à condition de ne pas être réduits à l’état de “dhimmis” (citoyens de seconde zone) comme dans tous les pays musulmans (arabes, perse ou turc), ils sont avant tout facteurs de paix, d’équilibre entre les différentes communautés et, parallèlement, défenseurs justement de toutes les minorités. La cohabitation islamo-chrétienne au Liban, rendue possible par l’acharnement des chrétiens à conserver la moitié du pouvoir, doit servir d’exemple pour la reconstruction de tout le Moyen-Orient.

Au moment où les premières villes chrétiennes viennent d’être libérées en Irak (Bartella, en particulier, dont le curé, le père Shamoun Azzou, réfugié PROVISOIREMENT au Liban avec sa famille, est un ami et est actuellement secouru par Chrétienté-Solidarité) et au moment où la bataille d’Alep “la chrétienne” fait rage et que sa libération est proche, il est clair que l’exemple d’unité, de lucidité et de courage de la communauté chrétienne libanaise est lourde de symboles.

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