Égypte : la dictature du maréchal Sissi fera bientôt regretter les Frères musulmans…

En Égypte, comme vu de France, l’heure est de plus en plus à la démocratie à géométrie variable. On a bien le droit de penser ce que l’on veut des Frères musulmans. Ainsi peut-on noter qu’ils furent précurseurs en voulant articuler tradition et modernité – ce, dès 1922 – et que, sous influence mussolinienne, ils furent aussi une sorte d’Action française musulmane : des « islamaurrassiens » en quelque sorte, souhaitant le retour des califats à l’instar de ces Camelots qui appelaient de leurs vœux le retour de nos rois sur le trône de France. Mais on peut aussi déplorer qu’ayant été trop longtemps réfugiés au Qatar, trop longtemps financés par Doha, ils aient fini par penser comme des Qataris ; ce qui n’est pas forcément un compliment.

Nonobstant, la confrérie a gagné la première élection démocratique jamais organisée en Égypte. Le président Mohamed Morsi, actuellement en prison, n’a certes pas accompli de miracles ; mais François Hollande n’a pas non plus ouvert la mer Rouge d’un claquement de doigts. Et lui n’avait même pas l’excuse d’avoir vu son action entravée, depuis 2012, par une armée qui, même impotente sur le plan militaire, demeure omnipotente dans l’économie du pays des pharaons.

La destitution du président Morsi par le maréchal Sissi fut donc un putsch militaire, façon Pinochet ; mais chez nous applaudi comme une victoire des « forces démocrates ». Depuis que la « démocratie » est revenue au Caire, les « démocrates » s’en donnent donc à cœur joie. Plus de 1.400 partisans du président Morsi abattus. Sans compter des opposants laïques eux aussi tombés sous les balles des militaires et des policiers. Et depuis que les Frères musulmans ont été classés « organisation terroriste », le simple fait de posséder des ouvrages d’Hassan el-Banna, fondateur de cette confrérie, est passible de prison… Pis, ce lundi 24 mars, 529 « frères » ont été condamnés à mort, pour le meurtre… d’un officier de police dans la province d’Al-Minya, en Moyenne-Égypte !

Dans Le Crime de l’Orient-Express, d’Agatha Christie, douze assassins s’étaient à tour de rôle acharnés sur une seule victime. Mais là, à 529, la réalité dépasse la fiction ! Heureusement, seuls 153 des condamnés sont actuellement en prison, les 376 meurtriers se trouvant en cavale…

Et Mohamed Lotfy, fondateur de la Commission égyptienne pour les droits et libertés, d’assurer au Monde de ce 24 mars : « Ce verdict constitue un choc. Il constitue une culmination de la politisation du judiciaire en Égypte. On a vu beaucoup de procès motivés politiquement, que ce soit à l’encontre des Frères musulmans ou à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme ou des activistes politiques, dans lesquels il y a un biais apparent de la part du tribunal, qui semble motivé par la situation politique. Toute voix s’opposant au gouvernement actuel est sujette à la répression policière (arrestations, torture) ou à des procès inéquitables ne garantissant pas les procédures élémentaires. »

Mieux, Mohamed Lotfy rappelle : « Depuis la révolution de 2011, les verdicts rendus ont totalement occulté la responsabilité des forces de sécurité dans la mort de plusieurs milliers de personnes en Égypte. Aucun policier n’a été condamné… » Dans le même temps, plus de 500 criminels présumés promis à la corde pour la mort… d’un seul policier ?

Quoi qu’il en soit, c’est le régime que défend l’Élysée. Les mêmes qui, non contents de soutenir les brutes laïcardes du Caire, entendent armer leurs exacts contraires, voyous salafistes en Syrie, après les avoir aidés sur le terrain libyen. Et si tous ces gens, au lieu d’écouter BHL, éternel ministre bis du Quai d’Orsay, se donnaient la peine de lire Jacques Bainville ?

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