aurait-elle pris des leçons de stratégie auprès de feu le maréchal Foch ?

Son centre était enfoncé. La base militante, plus que troublée, dégoûtée par les combats obscurs féroces qui font rage au sommet, ulcérée par la capitulation du parti sur la fermeture de Fessenheim et la taxe diesel, déserte. EELV, quittée par la moitié de ses adhérents, tourne au groupuscule crépusculaire.

Sa gauche se dérobait. L’éviction brutale de Pascal Durand, éjecté du secrétariat national pour avoir adressé un ultimatum au président de la République à la veille de la conférence environnementale, puis son remplacement, dans la plus pure tradition, empruntée aux communistes, du « centralisme démocratique », par une inconnue nourrie dans le sérail des dirigeants, révèlent crûment les mœurs ottomanes qui prévalent désormais chez les Verts.

Sa droite pliait. La dénonciation fracassante par Noël Mamère du fonctionnement clanique d’EELV et sa démission du groupe parlementaire écologiste achevaient de démontrer qu’il n’y a plus de place dans le noyau dur du mouvement pour les électrons libres.

Alors, le ministre du Logement a attaqué. Aux journées parlementaires d’EELV, et en présence du Premier ministre, le ministre du Logement a tout simplement accusé son collègue de l’Intérieur, dans une formule aussi violente qu’alambiquée, d’être allé « au-delà de ce qui met en danger le pacte républicain ».

La faute, le crime de ? C’est d’avoir considéré qu’il revient d’abord à la Bulgarie et à la Roumanie d’éduquer, de former, de loger, d’employer ceux de leurs citoyens qui sont d’origine rom, qu’il n’y a aucune raison qu’ils s’en remettent à la France d’accueillir, de nourrir et de subir l’immigration d’une population qui, n’ayant d’autre moyen d’existence que l’assistance, la mendicité, les rapines et le banditisme et n’ayant ni la capacité ni le désir de s’intégrer, est pour la « population locale » une gêne, une charge, voire un fléau. Un constat que chacun est à même de faire, qui est partagé par l’immense majorité des élus locaux, à commencer par ces maires socialistes qui réclament l’intervention de la et le démantèlement des campements illicites mais n’en dénoncent pas moins, résolument schizophrènes, l’expulsion brutale des Roms par les forces de l’ordre.

Mme Duflot n’est pas en reste d’incohérence et de démagogie. Ayant apparemment oublié qu’elle avait cosigné avec sept autres membres du gouvernement la circulaire interministérielle du 26 août 2012 sur ces évacuations, elle a le toupet d’exclure (verbalement) de l’arc-en-ciel républicain le ministre le plus concerné par ce texte pour la seule et simple raison qu’il l’applique. Manuel Valls, nous dit-elle, ne se conduit pas autrement que Brice Hortefeux et Claude Guéant, hommes liges de Sarkozy, lui-même envoûté par Patrick Buisson, ce gourou de l’ancien président qui fut proche de Jean-Marie Le Pen, défenseur de la mémoire du maréchal Pétain dont le second fut ce Pierre Laval qui devait nommer à la tête de la Milice Joseph Darnand, engagé volontaire dans les rangs des Waffen-SS, qui prêta serment au Führer. Manuel Valls = Hitler. C.Q.F.D. (ce qu’il fallait dufloter).

Cette crise au sein du gouvernement, la troisième depuis la prise de fonction de , est de loin la plus grave et la plus spectaculaire. Le différend entre Jean-Marc Ayrault et Arnaud Montebourg sur le dossier Arcelor était d’ordre idéologique et l’altercation téléphonique violente entre le Premier ministre et le ministre du Redressement productif n’avait transpiré dans les médias qu’après coup.

Le dissentiment entre Manuel Valls et Christiane Taubira sur la réforme pénale était patent mais les deux ministres avaient pris grand soin de sauver au moins les apparences et de ne rien créer entre eux d’irréversible. Cette fois, non contente d’étaler sur la place publique la querelle de fond qu’elle cherche à Manuel Valls, Cécile Duflot a eu le culot d’en appeler à l’arbitrage du chef de l’État. Contrarié d’une diversion qui a fait de l’ombre à son déplacement lorrain mais en même temps pas fâché (et Jean-Marc Ayrault encore moins) de voir rabattre son caquet à un ministre aux dents longues qui ne se cache pas de viser Matignon puis l’Élysée, François Hollande considérera-t-il que Manuel Valls s’est effectivement placé en dehors du « pacte républicain » et qu’il n’a plus sa place dans la majorité ? Sanctionnera-t-il l’indiscipline, le chantage et le manquement grave à la solidarité ministérielle de Cécile Duflot ? Si celle-ci considère réellement comme insupportables et incompatibles avec ses idées les propos, les actes et le maintien au gouvernement de son collègue, que ne démissionne-t-elle ? Si le président de la République est en accord avec elle, que ne renvoie-t-il Manuel Valls ? S’il cautionne celui-ci, que ne limoge-t-il l’impudente ? Un président normal (je veux dire vraiment normal) se séparerait de l’un, de l’autre, ou des deux à la fois.

François Hollande est sommé de trancher. Il ne tranchera pas.

27 septembre 2013

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