2 % : telle semble être la nouvelle ligne bleue des Vosges de notre Défense. Objectif sur lequel la plupart des responsables politiques semblent, apparemment, s’entendre : l’effort de défense de la France doit impérativement être porté à 2 % du produit intérieur (PIB). Demain ou… « à terme », pour reprendre l’expression technocratique d’usage, moins poétique que celle des « calendes grecques » !

Ainsi, à l’occasion du 11 novembre, a réaffirmé sa volonté de sanctuariser le budget de la Défense car “la paix a un prix”, a rappelé la candidate à l’élection présidentielle.

Redonnons à l’ française les moyens humains, matériels et budgétaires lui permettant d’assurer pleinement ses missions en sanctuarisant le budget de la Défense à un minimum de 2 % du PIB.

Il est vrai que, depuis des décennies, on tire sans vergogne ces fameux (et sans doute illusoires) « dividendes de la paix », pour reprendre l’expression de . La réalité aujourd’hui, un quart de siècle après, dans un monde tout aussi dangereux, sinon plus ? C’est le général d’armée Pierre de Villiers qui la résumait en 2015, lors d’une audition parlementaire :

La débrouillardise à la française a en effet atteint ses limites. Si on me donne une mission supplémentaire, je demande les moyens correspondants ou bien j’en annule une autre.

Quelques chiffres pour fixer les idées. En 1988, la France consacrait 3 % de son PIB à la Défense. Aujourd’hui, ce chiffre est de 1,77 %, pensions comprises (comme si les pensionnés – avec tout le respect que j’ai naturellement pour eux – contribuaient à l’effort de défense d’aujourd’hui et de demain !). Aux États-Unis de M. Obama, c’est 4 %, en Russie, 4,5 %…

Plus significatif peut-être encore : l’évolution de la part de la Défense dans le budget de l’État. En 1988, la Défense était le premier poste budgétaire de l’État (16 %). Aujourd’hui, avec un petit 13 %, la Défense a été reléguée derrière l’Éducation nationale et… la . En 30 ans, nous sommes passés d’un État régalien à un État qui régale !

Notons, quand même, que cette longue dégringolade s’est accélérée durant les années Sarkozy-Fillon-Juppé-Le Maire-NKM (tous aux commandes de l’État de 2007 à 2012, tous candidats à la primaire de la et du centre et tous, évidemment, pleins d’ambition pour notre Défense). La preuve par un seul chiffre, un dernier : 54.000 postes supprimés dans les armées durant ce quinquennat.

Tous, pleins d’ambition pour notre Défense ? Pas certain. Allez consulter le programme du « meilleur d’entre nous », je veux dire du meilleur d’entre eux. Édifiant. D’abord, précisons que pour trouver le paragraphe « Défense nationale » du projet d’, il faut aller au chapitre «  » ; un reste, sans doute, de maladie sémantique héritée des années Sarkozy. Révélateur. Premier alinéa : “Mettre (on appréciera l’élégance du vocabulaire) 10.000 policiers et gendarmes supplémentaires sur le terrain au terme du quinquennat…” J’insiste : nous sommes dans la partie consacrée à la Défense nationale… Deuxième alinéa : “Favoriser l’expression des militaires”, histoire, sans doute, de se faire pardonner les propos indignes d’Alain Juppé sur les militaires, lors de la sortie du livre du général Soubelet ! C’est bien, mais cela fonde-t-il pour autant un projet national ? Troisième alinéa, nous entrons enfin dans le vif du sujet : “Porter le budget de la Défense à 2 % du PIB en 2025 (autant dire jamais) conformément aux recommandations de l’OTAN…” Avec Alain Juppé, on n’est jamais à court de soumission.

Marine Le Pen, elle, propose 2 % du PIB, non pour suivre les recommandations de l’OTAN, mais parce que c’est d’abord, essentiellement, l’intérêt de la France. Pas à terme. A l’horizon 2020.

12 novembre 2016

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