La laïcité est une déesse jalouse. Tous les ans au temps de l’Avent, au temps de Noël, elle refait des siennes. Car voici le temps des crèches, de la nativité du Christ qui est, quoi qu’on en pense, également le berceau de notre pays. « L’embryon de France », comme le dit Pierre Hillard, vient de 496, date du baptême de Clovis.

Mais qui est sainte laïcité, brandie comme un rempart contre les extrémismes ? Pour rester concis, la déesse Raison prit la place du christianisme après la Révolution française avant que Napoléon ne mette en place le Concordat, rétablissant le catholicisme en religion d’État – soumis au politique alors qu’il était un pendant indépendant de la société française jusque-là.

Si l’Église était un des corps centraux de la société française de l’Ancien Régime, elle le resta durant le premier siècle post-révolutionnaire avant donc de subir son démembrement. La loi de 1905 a séparé l’Église de l’État. Elle perdit alors, petit à petit, toutes ses ressources et ses prérogatives. Les écoles catholiques d’aujourd’hui n’ont plus que l’ombre de l’influence d’alors. Seules les écoles hors contrat se rapprochent encore de l’instruction traditionnelle. L’Église de Vatican II semble, elle, être “laïcocéphale”.

Alors ces histoires de crèche et de laïcité ? Nous laissons la parole à notre ancien ministre de l’Éducation (ministère qui n’a jamais aussi bien porté son nom) Vincent Peillon : “Dans certaines démocraties modernes, ils ont réussi à instaurer leur démocratie ou leur république, c’était un modèle au XIXe siècle, c’était l’Angleterre, les États-Unis, les Pays-Bas, parce qu’ils ont la religion protestante, qui est une religion qui correspond à la modernité car ils ont le libre-examen. Mais en France […], ça ne marche pas. Donc il faut que nous inventions, pour établir la République, une spiritualité voire une religion spécifique. Ça germe donc dans les milieux républicains, beaucoup dans les milieux francs-maçons sous le Second Empire. Se constitue d’ailleurs une alliance religieuse universelle dans laquelle on va trouver, à la fois, des catholique libéraux, des protestants libéraux, des juifs libéraux, puisque toutes les religions, enfin les dogmatismes, sont en crise mais en même temps des athées, des matérialistes, etc., portant un projet de religion universelle, de religion éclairée. […]”

“La République, pour s’établir, a besoin de former sa propre religion qu’ils vont appeler […] la laïcité. […] Une religion de la liberté, c’est la religion des droits de l’Homme, c’est une religion de l’humanité partagée, c’est une religion de l’instruction, c’est une religion du libre-examen, c’est une religion un peu hétérodoxe en ce sens qu’elle s’appuie sur un courant que l’on trouve dans la kabbale, dans l’illuminisme, avec l’idée que c’est, dans le fond, aux hommes de continuer la création divine.”

« Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Luc, 18, 8), demandait le Christ.

25 décembre 2014

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