Le succès de la franchise Pokémon ne se dément pas depuis son lancement en 1996, avec près de 200 millions d’exemplaires vendus dans le monde des jeux de la série principale, sans compter les milliards de bénéfices générés par les produits dérivés, les cartes à collectionner et autres goodies. Poule aux œufs d’or de la pop culture nippone, la « Pokémania » ruine les parents de Tokyo à New York, en passant par Paris et Doubaï.

Rondoudou, Ronflex, Pikachu… Autant de sobriquets mignons qui rappelleront des souvenirs émus aux “adulescents”, et indifféreront complètement les seniors. Nintendo a d’abord séduit les plus petits, puis les adolescents, enfin les jeunes adultes d’aujourd’hui qui paraissent ne jamais sortir de l’enfance. Les Pokémon sont de petites créatures imaginaires à l’aspect « kawaï », comme disent les Japonais. Ils vivent dans un monde pacifique, peuplé de personnages caricaturaux et de bâtiments aux couleurs acidulées. Ce petit univers est rassurant, chaleureux, coupé de la réalité. D’où l’idée géniale de la Pokemon Company pour fêter le vingtième anniversaire de ce phénomène mondialisé : utiliser les nouvelles possibilités offertes par les technologies de réalité « augmentée ».

Ne soyez pas étonnés de voir, dans les mois qui arrivent, des regroupements de centaines de personnes, les yeux rivés sur les écrans de leur téléphone mobile à la recherche de Pokémon dans les lieux publics les plus variés. Déjà disponible aux États-Unis, Pokémon GO déclenche l’hystérie des obsessionnels compulsifs à demi schizophrènes que sont devenus les Occidentaux modernes. Désormais, le monde sera un immense jeu vidéo à ciel ouvert aux allures d’hôpital psychiatrique.

La chasse aux Pokémon est ouverte, et pas un endroit ne pourra y échapper. Ainsi, le Pokémon Smogo, appartenant à la classe des Pokémon émettant des gaz toxiques, a été aperçu au musée de l’Holocauste de Washington. Plus précisément au mémorial Helena Rubinstein, dédié aux témoignages des rescapés des chambres à gaz. Ce quiproquo de mauvais goût a été rendu possible par la technologie utilisée par la société Niantek, automatisant la présence des Pokémon en fonction de mots clés…

Ce jeu est symbolique d’une post-humanité en gestation, plus sensible à l’irréalité qu’à la réalité dont elle cherche à s’extraire par tous les moyens. Les personnes qui se sont bruyamment réjouies de la mort du torero Víctor Barrio procèdent de la même non-civilisation. Pas une larme pour un homme qui avait pris le risque de mourir dans l’arène, au nom de la beauté, au nom d’un idéal qui transcendait sa condition de mortel. La tauromachie est insupportable aux contemporains parce qu’elle nous confronte à la mort, à sa réalité concrète.

Il est inutile de tenter d’expliquer à des insensibles la beauté d’un art qui finira par disparaître, ou être purement et simplement interdit, tant il est étranger aux mœurs actuelles. Les enfants de demain naîtront dans des éprouvettes, commandés sur catalogue par des trouples de transgenres. Au fond, il serait logique qu’ils préfèrent toréer des Pokémon taureaux dans des arènes numériques…

14 juillet 2016

À lire aussi

Gabriel Robin : « On voulait le progrès, on fonce vers l’archaïsme »

Il y a un an tout juste, Gabriel Robin et Benjamin Demeslay publiaient Le Non du peuple, u…