On connaissait l’inénarrable Christophe Barbier, directeur de L’Express, arpentant les plateaux de télé avec son écharpe rouge négligemment portée en bandoulière. Pérorant sur tout ce qui bouge, ferraillant avec ou délirant dans son hebdo – entre deux tirades contre la Grèce – sur l’analphabétisme de l’Alsace-Moselle. Que l’omniscient de la scène médiatique fasse chaque fois son cinéma, on n’en doutait pas un seul instant. Mais voilà que, après le théâtre, il se prend cette fois pour un acteur de cinéma dans un film sur l’histoire de la , de 2006 à 2012, à travers le regard de deux couples.

Dans ce road movie politique intitulé Doutes, notre Delon de banlieue incarne un sondeur-politologue aux côtés, notamment, du chanteur Benjamin Biolay. Et comme on n’est jamais assez prudent, le film est écrit et tourné par sa femme, Yamini Lila Kumar, qui, pour avoir croisé Marco Ferreri ou Louis Malle dans sa , se prend pour une nouvelle révélation du 7e . Il est vrai que les dialogues sont souvent inoubliables, comme cette réplique que la réalisatrice met dans la bouche de son Mastroianni de mari : « Quand tu me regardes, tu ne trouves pas que je ressemble à un canton ? » À quoi Benjamin Biolay répond : « Quoi ! Toi, t’es le roi de la dissimulation ! »

Sans l’ombre d’un « doute », ce film sera également un palpitant thriller : notre petit cachotier du microcosme politique y incarne – de son propre aveu – « un personnage à égale distance entre la et la gauche, dont on puisse douter, dont on ne sache pas notamment quelles sont ses préférences politiques ». C’est oublier un peu vite que notre nouvelle star du grand écran avait soutenu la candidature de Ségolène Royal, ainsi que la loi en faveur du mariage gay. Notre « éditocrate éclairé » milite, par ailleurs, pour la procréation médicalement assistée et son corollaire, la gestation pour autrui.

« Aucun doute, Barbier est un pur spécimen de libéral-libertaire, le vrai visage de la Gauche chevauchant la capitaliste, un petit marquis des médias adoubé par le système et qui ne le critique que pour l’enjoindre à étendre encore davantage sa domination. » Ce portrait au vitriol de l’Observatoire des journalistes et de l’information médiatique (OJIM) situe bien le personnage, qui vient de s’offrir un film à sa gloire, mis en scène par son épouse, militante de gauche et ex-directrice de la d’Hermès. Reconvertie dans le cinéma, elle s’est inspirée, explique-t-elle, de BHL, Duras et Althusser pour nous concocter ce cocktail germanopratin à la gloire de son mentor et de la gauche caviar. Doutes, dont la sortie est annoncée pour le 13 novembre, devrait faire date dans le répertoire du nanar cinématographique. On n’en doute pas un seul instant.

11 octobre 2013

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