Editoriaux - Justice - Politique - Religion - Société - Table - Télévision - 20 décembre 2015

Christine Boutin a raison de faire appel

Jeudi, Zemmour était condamné pour avoir dit que les musulmans étaient « un peuple dans le peuple » et que cette situation allait nous mener « à la guerre civile ». Cloué au pilori pour quelques mots qui raisonnaient pourtant cruellement quelques semaines plus tôt, au cœur de Paris.

Le lendemain, c’était au tour de Christine Boutin d’être condamnée par cette même 17e chambre correctionnelle à 5.000 euros d’amende pour avoir affirmé que « l’homosexualité est une abomination ». Encore une fois, au cœur d’un pays menacé dans sa chair, des mots (toujours les mêmes) occupent la justice.

« Abomination » est un mot violent, mais il n’a pas été prononcé seul. C’est pourtant seul qu’il a permis la condamnation de Christine Boutin. À cause de lois intrinsèquement liberticides, l’ancien ministre aussi déterminé qu’inoffensif a vu son casier judiciaire se noircir d’une « incitation à la haine ». L’accusation pourrait faire sourire si elle n’était pas le énième révélateur d’un débat totalement censuré dès lors que la parole secoue la doxa assenée par nos élites dirigeantes.

Les mots poursuivis par la justice avaient été prononcés lors d’un entretien accordé à la revue Charles. Le journaliste lui avait alors demandé s’il n’était pas contradictoire que son conseiller en communication soit gay alors qu’elle avait déclaré en 1999 que « l’homosexualité est une abomination comme il est très clairement dit dans l’Ancien et le Nouveau Testament ».

Christine Boutin persiste alors : « L’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. »

« La frontière peut paraître ténue », renchérit le journaliste. « Ah non, ce n’est pas la même chose ! » répond-elle avant de développer : « Le péché n’est jamais acceptable mais le pécheur est toujours pardonné. » Voilà qui ressemble à tout sauf à de la haine.

L’ancienne présidente du PCD va même plus loin : « Personnellement, je n’ai aucun jugement à porter sur la personne. Comme elle, je fais ce que je peux avec ce que je suis […] L’homosexualité n’a rien à voir avec les jugements que je porte sur les homosexuels, qui sont mes frères, mes amis, et qui ont une dignité aussi grande que ceux qui ont d’autres comportement sexuels […] Je suis dans le péché moi aussi, je suis une pécheresse ! Mais jamais vous ne me verrez faire l’apologie d’un péché. Même si je peux pardonner un péché… » Difficile d’y trouver de la haine, semble-t-il.

Plus loin dans l’entretien, Christine Boutin était revenue sur une émission de Bourdin dans laquelle elle avait qualifié l’homosexualité de « question de mode ».

« C’est une parole un peu malheureuse », avait-elle reconnu avant de préciser que l’homosexualité faisait partie, pour elle, des nouveaux « codes » d’intégration dans la société. Quelle évidence ! Il suffit de constater la place accordée à la représentation homosexuelle dans la publicité, à la télévision ou dans les films récompensés par différents festivals. L’homosexualité est devenue un code, voire un dogme de la religion républicaine : impossible d’émettre le moindre doute sur l’homosexualité-comme-bien-en-soi sans se retrouver devant ses tribunaux.

Christine Boutin n’appelait pas à la haine, elle refusait simplement de se plier au relativisme le plus absolu. Pendant qu’elle dénonçait un acte, elle encourageait à aimer les personnes : on a déjà vu « incitation à la haine » plus convaincante.

Que l’on soit d’accord ou non avec le parcours politique de Christine Boutin, les faits sont limpides : elle est une nouvelle victime des « valeurs (totalitaires) de la République ». Elle a décidé de faire appel, à raison : à force de laisser passer des brimades idéologiques, on finit par étouffer.

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