Editoriaux - Politique - Table - 14 septembre 2016

Christiane Taubira autorité morale ? Quelle étrange conception de la morale !

On va continuer à encenser Christiane Taubira.

Libération a ouvert le ban avec un entretien de quatre pages et, en couverture, “Ma Gauche, Ma France”.

On nous annonce que chez les communistes, écolos ou frondeurs, elle est attendue comme "autorité morale" (sic !).

Yann Barthès, avec sa nouvelle émission, n’a pas manqué l’exercice quasiment obligatoire d’adhésion non critique, d’abord en la choisissant comme première invitée.

Face à cette inconditionnalité que rien jamais n’est venu perturber – ni le bilan calamiteux du ministre, ni son mépris subtil du peuple français, ni une personnalité brillant plus par l’éloge d’elle-même que grâce à des réalités constatables -, ceux qui oseront la dissidence seront au mieux négligés, au pire étouffés.

Je n’irai pas sur ce terrain-là car, au sujet de l’ancien garde des Sceaux – étrange comme l’action intelligente et pragmatique de son successeur l’a déjà renvoyée, elle, dans un passé à la fois lointain et oubliable —, il y a trop à dire pour que j’aie envie de m’aventurer sur "la France" de Christiane Taubira, en m’étonnant juste qu’elle la privatise. C’est toutefois révélateur d’une démarche politique et judiciaire qui n’a, de fait, que complu à une minorité privilégiée et progressiste, jamais soumise aux affres d’un quotidien difficile et menacé par de multiples transgressions.

J’entends bien que Libération est régulièrement écartelé entre sa vision idéologique – le réel doit lui ressembler à toute force – et son honnêteté professionnelle : le réel est là qui pèse et il convient de le prendre en charge.

Si elle "n’a pas les compétences pour guérir les gens du Figaro" dont la pathologie est d’avoir été critique à son égard, en tout cas cet autre quotidien qui lui déroule un tapis rouge est parfaitement bien portant selon ses critères !

Il est clair que, pour Christiane Taubira, la sympathie idéologique a dominé et pourtant, comme ils étaient à quatre journalistes pour l’entretien, on aurait pu espérer une chance pour la contradiction.

Celle-ci n’est jamais venue et, ainsi, Christiane Taubira a pu proférer sans être démentie : "J’ai eu la chance d’avoir en responsabilité un ministère régalien et de pouvoir agir" avant de terminer les échanges, qui la conduisaient avec douceur vers ses réponses, par une diatribe sur sa victimisation comme garde des Sceaux, sans l’ombre d’une réflexion sur sa responsabilité à elle.

On aboutit ainsi à ce paradoxe de l’entendre invoquer "les prisons archi-pleines" – qui n’ont pas dépendu d’elles – pour tenter de justifier quatre années d’impuissance et de verbe.

Quand, adoptant sa posture préférée de donneuse de leçons à la gauche qui n’est pas la sienne, elle la met en garde contre l’avancée du FN et exige "de la raison et de la responsabilité", son déni est tel qu’elle est incapable de s’interroger sur ce que cette montée de l’extrémisme lui doit très directement. Combien de pourcentages en plus à l’issue de ses quatre années qui l’ont plus servie qu’elles n’ont servi à la France !

Le contentement de soi de Christiane Taubira n’est pas une nouveauté. Aurait-elle même été modeste qu’elle aurait eu du mal à résister à ces hyperboles si déconnectées de la réalité de l’action, seulement fascinées par des mots cherchant à donner le change !

Un peu comme François Hollande.

Christiane Taubira autorité morale ? Quelle étrange conception de la morale !

Je lui laisse Sa Gauche, Sa France mais pas Son Échec.

Nous en avons tous été victimes.

Extrait de : Sa Gauche, sa France, son Echec…

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