Editoriaux - Politique - Télévision - 10 janvier 2013

Chávez : plus proche de Charles Péguy que de Besancenot

Le président Hugo Chávez devait revenir ce jeudi au Venezuela pour prêter serment à l’occasion de sa nouvelle investiture. Il est probable que la quatrième opération d’un cancer persistant l’oblige à rester à Cuba. Ses deux dauphins présumés, Diosdado Cabello et Nicolas Maduro, font pour l’instant taire leur rivalité, tout en se disputant l’héritage de cet homme hors-normes, au pouvoir depuis 1998 et dès lors constamment réélu avec des scores sans appel.

Métis d’Indien, Hugo Chávez incarne la revanche contre l’oligarchie blanche. Patriote bolivarien, il incarne encore la fierté nationale contre l’envahissant voisin yankee, tout comme Simon Bolivar incarnait celle voulant que les anciennes colonies prennent leur indépendance vis-à-vis de Madrid. Professant un socialisme chrétien plus proche de celui d’un Charles Péguy que d’un Olivier Besancenot, Hugo Chávez ne campe donc ni à droite ni à gauche. Surtout pas au centre ; au-dessus, surtout.

Mais puisque bilan il doit y avoir, on admettra, à son crédit :

• Quand il prend le pouvoir par les urnes (après un putsch manqué en 1992), 70 % de la population est privée de toute protection sociale, tandis que l’extrême pauvreté culmine à 36 %. Dès 2002, après un autre putsch, contre lui diligenté, les tendances s’inversent, grâce à ce qu’il nomme les « Missions sociales ». Lesquelles permettent aux miséreux de devenir pauvres et aux pauvres d’intégrer le bas de la classe moyenne. Le succès est tel que ses compétiteurs malheureux ont promis de poursuivre l’initiative.

• L’analphabétisme, fléau national, a ainsi disparu dès 2006, bilan confirmé par l’Unesco. Dans le même temps, les enfants de la rue ont repris le chemin des écoles tandis que l’aide cubaine en matière de médecine (8 000 médecins vénézuéliens formés en quelques années) ont permis de faire disparaître les maladies ravageant les quartiers les plus déshérités, dans lesquels, par ailleurs, une vigoureuse campagne de réhabilitation a permis de raser tous les logements insalubres pour les remplacer par des constructions en dur.

• D’un point de vue géopolitique, Hugo Chávez a pu mettre en œuvre ce qu’un Jacques Chirac, un Jean-Marie Le Pen ou un Hubert Védrine appelaient de leurs vœux : l’événement d’un monde multipolaire. Cela en resserrant les liens avec des nations rétives au Nouvel ordre mondial : Russie, Brésil, Iran, Chine, etc. D’où son attitude impeccable quant aux guerres américaines passées et celles à venir. Mieux, il a su refuser le libre-échangisme imposé par les USA pour se recentrer sur une sorte de « marché commun » sud-américain.

Et à son dédit :

• Son lyrisme tropical parfois embarrassant. Et sa manie de squatter les écrans de télévision au profit de ce qu’il faut bien appeler un culte de la personnalité.

• La faiblesse de son ambitieux programme social est qu’il repose presque exclusivement sur la rente pétrolière. Certes, le Venezuela en a encore pour trois siècles de réserves. Mais gouverner, c’est prévoir aussi.

• L’insécurité grandissante. À l’instar d’un Lionel Jospin, Hugo Chávez a été naïf, estimant qu’en augmentant le niveau de vie de ses compatriotes, celui de la délinquance baisserait mécaniquement. Mais il est un fait que le Venezuela, fédération de provinces bénéficiant toutes de larges pouvoirs, n’est pas le cadre idéal pour créer des forces de police centralisées et par-là même, efficaces. C’est principalement à ce sujet qu’il devait s’atteler lors de son nouveau mandat. Il est à craindre que ce soit désormais à ses successeurs de faire leurs preuves en la matière.

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