Ces derniers jours de 2013 s’annonçaient bien. Temps magnifique, rues bondées, restaurants pleins… l’agitation orientale. À l’aéroport de Beyrouth, des familles chiites radieuses de retour de pèlerinage à Nadjaf, des familles chrétiennes souriantes accueillant un parent pour Noël, un ami venu visiter la Vallée des Saints, des taxis embarquant des hommes d’affaires pressés, des femmes sublimes, la vie au Levant… On souriait presque en lisant la presse occidentale. Les gens terrorisés ? Les lieux publics désertés ? Ils ne font pas leurs courses à l’ABC d’Achrafieh ou au City Center de Chiyah…

Et puis il y a eu le meurtre de Mohammad Chatah pour rappeler au monde que des êtres humains ont décidé que, définitivement, le devait être une terre de malheur, de pleurs et de sang. Sa mort allonge la longue liste des personnalités du « 14 mars » assassinées depuis le meurtre de Rafiq Hariri le 4 février 2005. Des personnalités, certes, mais aussi de simples passants, des enfants innocents. Quelle haine est assez forte pour provoquer de tels actes ?

Un clan voit dans cet assassinat le début des représailles du Hezbollah téléguidé par l’axe « irano-syrien ». Les chiites ont été l’objet de nombreuses attaques ces derniers mois. Une trentaine de morts à Beyrouth en septembre, vingt morts devant l’ambassade d’Iran le 19 novembre et très récemment un cadre du Hezbollah. Les discours de M. Nasrallah étaient pourtant encourageants, il appelait à l’apaisement et à la normalisation malgré une partition dissonante au plan politique.

Pour certains dans ce camp, cet assassinat ne peut venir que de l’étranger. Ce sont « les Syriens ». M. Chatah était, en effet, dans le camp des adversaires déterminés de M. Assad. Le pouvoir de Damas se serait débarrassé de lui ou voudrait faire pression sur le président M. Sleimane qui courtise l’Arabie saoudite depuis quelques semaines. Avec le soutien d’un président français au discours confus, le monarque finissant de Riyad annonce, en effet, aujourd’hui une aide financière impressionnante à l’armée libanaise par l’intermédiaire de la France, « la plus importante de l’histoire du Liban et de son armée ». En fait, un plan de soutien saoudien à l’industrie de défense française qui exportera vers le Liban. Succès de court terme pour MM. Sleimane et Hollande, mais quelles contreparties pour ces trois milliards de dollars ? Au Liban ? Et en France ?

Du côté du « 8 mars », on pense plutôt que ce sont les salafistes qui ont fait le coup, un sunnite dit modéré étant une cible pour ces gens. Il s’agirait de provoquer le désordre et de radicaliser toute la communauté sunnite contre les chiites en particulier. Une logique de « montée aux extrêmes ».

Cette position est renforcée par les échanges de roquettes et de missiles au-dessus de la frontière avec Israël… ou la Palestine selon les points de vue. Ces tirs vers Israël ressemblent aux modes d’action du Hezbollah ou de son allié Amal, mais pourquoi maintenant ? Alors que les partis chiites ont tout intérêt à se faire oublier de l’ennemi israélien pendant qu’ils guerroient à la frontière syrienne à 150 kilomètres de là. Et là s’ouvre encore une option : la manipulation par Israël.

Le sentiment d’être le théâtre d’affrontements par procuration exaspère nombre de Libanais. Et pourtant, ce sont bien eux qui sont en permanence tournés vers l’étranger au lieu de se préoccuper du devenir de leur propre terre. Tel vers la Perse renaissante, tel vers les déserts pétrolifères, tels autres encore vers les Amériques ou la vieille Europe…

Ce lundi est pluvieux. Les magasins sont pleins. Les barrages de l’armée sont un peu plus nombreux. C’est l’habitude, à la veille des grandes fêtes.

Le 31 au soir, les taxis de nuit seront gratuits à Beyrouth pour éviter les accidents de la circulation.

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