En quittant l’, les Anglais se sont jetés dans l’abîme ; ils ont joué leur avenir sur un coup de tête, une folie. Ce n’est pas mon opinion, mais celle que la plupart des grands médias tentent de promouvoir depuis quelques jours. Quant à moi, un brin pédant, je citerai plutôt Shakespeare en cette occasion : « Bien que ce soit de la folie, voici qui ne manque pas de logique. »

Il y eut à n’en point douter plus de raison, dans cette folie, qu’il n’y en a chez nos européistes fervents, prêts à demander la réitération du référendum jusqu’à ce que le scrutin leur soit favorable. Il y eut une forme de sagesse dans ce point d’arrêt, dans cet avertissement. Le peuple anglais a voulu frapper les consciences.

Le dénonce en creux la politique d’austérité imposée par Angela Merkel, ainsi que sa volonté d’ouvrir grand les portes de l’Allemagne et de l’Europe à l’immigration. Le Brexit arme les opposants de tous bords à la sinistre administration merkélienne, y compris en Allemagne, où la chancelière essuie de nombreuses critiques. Alexander Gauland, membre du parti populite AfD, l’a accusée d’avoir « chassé les Anglais hors de l’Europe » par son laxisme migratoire. Sur tout le continent, les partis souverainistes font, bien sûr, écho à cet évident grief – ce que les médias appellent « instrumentaliser le vote des Anglais ».

De son côté, profite de ce chamboulement provisoire des forces pour reprendre le flambeau social et antilibéral – ce qui ne s’appelle pas, dans ce cas-là, « instrumentaliser », mais « utiliser la crise » pour une « réorientation de l’Europe ». Après avoir dîné avec un Matteo Renzi lui aussi plus démocrate et plus à gauche que jamais, et qui reproche à la politique d’austérité d’avoir « renforcé la peur », le Président français complote ni plus ni moins qu’un sommet des leaders sociaux-démocrates à Paris. En France, il rencontre les dirigeants de tous les partis pour discuter de la stratégie nationale à adopter. Décidément, ce « pas dans le vide » fait par les Anglais semble remettre le pied à l’étrier à certains.

Hollande, plus affaibli, plus impopulaire que jamais, exploite impunément la faiblesse et l’impopularité de sa consœur allemande : piètre fin de mandat, naufrage chaotique où l’on voit donc un homme à la mer tenter de survivre en s’appuyant sur la tête de son alliée. Tentative, d’ailleurs, vouée à l’échec, nul ne pouvant être dupe du rôle essentiel de la France dans la mise en œuvre des politiques européennes. Merkel serait donc la seule responsable de la défiance générale à l’égard de l’Europe ? Qui pourrait le croire ? C’est une impéritie collective, c’est un grand concert d’insuffisances et de compromissions auquel les Anglais ont répondu : « Assez ! »

27 juin 2016

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