Selon le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, la capture d’Abdeslam constitue “un coup important porté à Daech” (traduire État islamique). Est-il utile de rappeler les propos du directeur d’Interpol, Rob Wainwright au quotidien allemand Neue Osnabrücker Zeitung le 22 février ? Selon lui, en effet, ce qui n’était à ce jour considéré dans les médias qu’un fantasme d’extrême droite se révèle n’être ni un fantasme ni d’extrême droite : « 3 à 5.000 agents de Daech se sont déjà infiltrés en . » Reste donc entre 2.999 et 4.999 agents de Daech à capturer, même si depuis le début de l’année, claironne encore monsieur Cazeneuve, « 37 ont été mis en examen et 28 ont été écroués ». Soit à peine un petit 1 % des djihadistes se promenant potentiellement en Europe ces jours-ci, et sans doute sous toutes sortes d’identités bidon.

Décrit après les attentats ici comme en pleurs et en proie à une certaine panique, là comme l’homme le plus recherché d’Europe, ou autre ennemi public n° 1, faut-il s’étonner que celui qui fut blessé à la jambe lors de sa capture refuse l’extradition vers la France ? Les zones de non-droit y sont-elles moins accueillantes qu’à Molenbeek ? Pas vraiment, mais pour le moment, il a réintégré une zone de droit.

Mais encore une fois, ce n’est probablement pas dans les médias français que l’on trouvera des informations comme celles que l’on peut d’ores et déjà lire dans ceux de ou des Pays-Bas. Le correspondant du journal de Volkskrant, Peter de Graaf, rapporte ainsi de très intéressantes conversations de voisinage, en précisant à sa rédaction que le quartier semble devenu un « asile de fous », entre les curieux et les innombrables équipes de reporters. La maison de deux étages où les suspects ont été débusqués est située entre une pharmacie et un bâtiment public.

Selon Algemeen Dagblad citant le journal De Morgen, une femme du voisinage aurait déclaré que, ces dernières semaines, les suspects “se promenaient publiquement, certes avec des bonnets, mais que dans le quartier de plus en plus de rumeurs couraient sur la présence des deux suspects [Mohamed Abrini et Salah Abdeslam] dans cette maison, et qu’ils bénéficiaient de soutiens et aides. Il y a un mois de cela, ils sont passés devant le commissariat de police juste pour s’amuser”, poursuit-elle.

Selon certaines sources (Politico Brussels), la police aurait découvert que la femme habitant dans la planque où les suspects ont été débusqués avait “commandé une quantité anormale de pizzas”. À quoi ça tient… Toujours est-il que l’espace Schengen semble une vaste plaisanterie pour qui bénéficie d’un minimum de complicités. Cela dit, ne jouons pas les rabat-joie : il reste juste quelques milliers de types à localiser et neutraliser selon Interpol, au nombre desquels l’on ignore totalement combien de centaines sont prêts à l’action. C’est ce que voulait dire sans doute Manuel Valls à 15 h 51 ce samedi : “La menace reste élevée, aussi élevée, sinon plus peut-être, que ce que nous avons connu avant le 13 novembre.”

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