Editoriaux - Histoire - Presse - Souvenir 14-18 - 9 août 2016

10 août 1916 : de nouvelles déportations dans le Nord

La une de L’Humanité daté du 10 août est très explicite : « Les Allemands dans le Nord. Ils ont enlevé de Roubaix 7.000 hommes et 2.000 femmes. » Un an presque jour pour jour après la libération des derniers Roubaisiens déjà déportés en Allemagne, la même scène semble se reproduire. Selon le quotidien fondé par Jaurès et qui s’appuie sur des informations du Telegraaf d’Amsterdam, environ 9.000 personnes ont été déplacées et déportées de Roubaix. « Des travailleurs dont ils prétendaient avoir besoin pour reconstruire les habitations dans certains contrées dévastées et pour les travaux des champs. »

Seulement, les civils de Roubaix, comme en 1915, refusent d’obéir et les autorités allemandes d’occupation ont recours à la coercition et à la force. L’article de L’Humanité précise qu’un « officier, accompagné de quelques soldats, pénétra dans les habitations particulières tandis que les rues étaient barrées ». Chaque maison est visitée et fait l’objet d’un fichage rigoureux indiquant le nombre de personnes y habitant. « L’officier désigna arbitrairement, d’après cette liste, le père, la mère, un frère ou une sœur, ailleurs, deux frères, deux sœurs. » Les personnes désignées n’ont qu’une demi-heure pour faire leurs préparatifs de voyage. Toutes sont emmenées ou rejoignent à pied sous bonne escorte la “fabrique de peigne près du pont de Watterlos” avant de rejoindre la gare où elles sont embarquées dans des wagons à bestiaux et de marchandises.

Le journaliste évoque des scènes tragiques de déchirement, de pleurs, de lamentations, de pertes de connaissance. Pis : une mère meurt de frayeur. Les soldats allemands ricanent : « Ne pleurez pas ! En Allemagne, vous aurez la vie facile. Deux fois de la viande par jour. » C’est le commandant de la place de Roubaix, Hofmann, et son conseiller, le lieutenant Baür, qui donnent le signal du départ. Six trains de 1.500 personnes rejoignent l’Allemagne.

L’indignation est totale. Le journal La Croix daté du 11 août titre sans ambages : « La traite des blancs » en citant la réaction des autres pays alliés ou proches. Au Brésil, le Jornal do Commercio écrit : « Les déportations du nord de la France confirment la séparation complète de l’Allemagne et de la civilisation. » Le Morning Post de Londres ajoute : « Le traitement infligé aux populations civiles des départements envahis, c’est un nouveau crime contre l’humanité. Ce crime est inoubliable, impardonnable. »

La presse germanique invoque, pour se justifier et s’excuser, l’article 52 du règlement annexé à la Convention IV de La Haye : « Des réquisitions en nature et des services ne pourront être réclamés des communes et des habitants que pour les besoins de l’armée d’occupation. Ils seront en rapport avec les ressources du pays et de telle nature qu’ils n’impliquent pas pour les populations l’obligation de prendre part aux opérations de la guerre contre leur patrie. »

En fait, la vraie question qui se pose est pourquoi Roubaix ? Tout laisse croire que ce sont des représailles après les émeutes liées à la crise du ravitaillement de début 1916. Les autorités allemandes avaient envoyé, en avril, des ouvriers du Nord dans la Somme, l’Aisne ou les Ardennes pour les travaux des champs. L’opération avait été un échec : les 25.000 ouvriers envoyés ignoraient tout du monde agricole. Ces déportés, assimilés à des prisonniers de guerre, avaient eu des conditions de travail et de vie très dures. Au point que plus de 2 % en moururent de fatigue et de maladie, sans pour autant accroître la productivité agricole du Reich.

À lire aussi

27 avril 1969 : de Gaulle démissionne

Il aurait pu prendre la voie législative et vaincre sans coup férir. Il préfère celle du r…