Primaire à droite

Sarkozy ? C’était son d’Estaing !

Journaliste, écrivain
 

Sombre dimanche, comme le chantait Damia, pour Nicolas Sarkozy en cette soirée dominicale de primaire, ne serait-ce que par en juger de ses adieux à la scène. Pour une fois, ses épaules n’étaient plus atteintes de la danse de Saint-Guy. Il avait l’air presque calme ; c’est dire. Surtout lorsque appelant à voter pour François Fillon – de lui ou de Juppé, qui haïssait-il le plus ? La réponse est dans le vent, tel que longtemps marmonné par un récent prix Nobel de littérature.

Pour le reste, la larme à l’œil, il remerciait sa femme et ses enfants : pire qu’à la cérémonie des César pour le prix du meilleur documentaire animalier, avant de partir, façon pet de lapin sur une toile cirée. Voilà qui ne vous rappelle rien ? Si, si, réfléchissez… Valéry Giscard d’Estaing en 1981.

De fait, les deux hommes ne sont pas sans points communs. Accrochés au pouvoir, tels des morpions le sont aux parties, à l’instar des communistes de jadis, ils eurent bien du mal à surmonter leurs infortunes respectives, n’ayant ensuite eu de cesse de revenir sous les ors du pouvoir.

Giscard d’Estaing arborait la vulgarité poudrée de la haute société. Sarkozy, quoique tout aussi parvenu que lui, en tenait plus pour la morgue des gommeux de bas quartiers, même si ayant fait sa pelote à Neuilly, là où il ne fut jamais véritablement bien accueilli. Entre les deux zigomars, plus une question de manières que de fond, donc… Ce qui explique que le premier ex s’accrocha finalement moins que le second à ses désirs de reconquête. Giscard d’Estaing savait bien n’avoir jamais été aimé du peuple et que ce désamour grandissant allait bientôt virer à la seule indifférence. Sarkozy, s’aimant encore plus que son auguste prédécesseur, était bien incapable de concevoir l’éventuel bien-fondé de délit de lèse-majesté.

Mais ces deux hommes ont tellement d’autres points en commun…

Giscard d’Estaing et Sarkozy ont, tous deux, rabaissé la fonction présidentielle à des abîmes aux profondeurs insondables : l’un remontant les Champs-Élysées à pied après avoir ralenti le riff de la « Marseillaise » ; l’autre en s’exhibant au Fouquet’s et sur le yacht de Vincent Bolloré.

L’un jouait au football se prenant pour Kopa, l’autre joggait avec des airs de Madonna.

L’un martyrisait son Premier ministre d’alors, Jacques Chirac ; l’autre en fit de même de François Fillon. On notera que les deux leur firent cruellement payer l’humiliation.

Les deux ne détestèrent pas, non plus, mettre leurs épouses en scène. Mais là, le combat était inégal entre Anne-Aymone et Carla. Lutte du pot de terre contre le pot de fer ? Non, juste celle du pot de fleurs contre le portemanteau…

On notera, encore, que si Nicolas se vantait de ses bonnes fortunes féminines, Valéry, lui, n’hésita pas à se rengorger, tel un chapon, d’avoir attiré la princesse Diana en sa couche, avant d’ensuite coucher cette idylle plus ou moins imaginaire sur papier.

Et quand il leur restait tous deux le temps de faire de la politique, l’un institua le regroupement familial pour les immigrés, l’autre l’abolition de la double peine pour d’autres immigrés – clandestins et délinquants, ceux-là. Pour ensuite s’étonner, avec des émerveillements d’enfant, que les électeurs de droite puissent être tentés par les sirènes du Front national.

Pour conclure, Valéry Giscard d’Estaing, le gandin, prétendait regarder la France dans les yeux, tandis que Nicolas Sarkozy, l’arsouille, entendait, lui, lui peloter le valseur. Il est à croire que Marianne ne mange pas de ce pain-là.

À ces deux hommes, ce petit conseil, histoire d’embellir leurs vieux jours : il paraît qu’on embauche encore dans le music-hall. Ils feraient un impayable numéro de duettistes. Surtout dans le comique de répétition.

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