Raté pour la gauche : le « tireur fou » n’est pas de « type européen »…

Ecrivain, journaliste
Son blog
 

L’affaire du « tireur fou » est en en train de trouver son épilogue. L’auteur présumé des fusillades dans les locaux de Libération et devant la Société Générale, le preneur d’otage des Champs-Elysées a été retrouvé dans un parking de Bois-Colombes et confondu par son ADN. Il s’agit d’Abdelhakim Dekhar, alias « Toumi », 49 ans, condamné en 1998 à quatre ans de prison pour association de malfaiteurs et complicité de vol à mains armées dans l’affaire Rey-Maupin, un braquage en région parisienne remontant à 1994, au cours duquel cinq personnes, dont trois policiers, avaient trouvé la mort.

À ceux qui s’étonnent qu’il n’ait pas été identifié plus tôt, le criminologue Xavier Raufer répond : « L’ADN de “Toumi”, déjà condamné, n’était probablement pas répertoriée car la France n’est pas en pointe dans ce domaine et n’a commencé que récemment à constituer ses bases de données… »

La fusillade de l’époque avait marqué les esprits, dit-on, par sa violence et par la jeunesse de ses auteurs. Dans un article datant de 1996, Libération décrit « Toumi » avant les faits : « Avec son son k-way et son sac à dos, l’Algérien tourne en banlieue depuis des années. Squatt, concerts, manifs, réunions, guerre du Golfe, mouvement anti-CIP, soutien aux Maliens de Vincennes, Toumi est partout. » C’est ainsi qu’il croise le chemin de ses deux jeunes complices « Florence Rey et Audry Maupin, étudiant en philo à Nanterre et sympathisant des Scalp (Sections carrément anti-Le Pen) ».

Plus tard, au cours du procès, Toumi soutiendra mordicus faire partie de la sécurité militaire algérienne et être chargé par le gouvernement algérien d’infiltrer l’extrême gauche française, en relation avec des réseaux islamistes.

Bref, si je synthétise, avant de le faire passer pour un lecteur de Minute, il y a quand même du boulot. Car cela n’avait échappé à personne, depuis la fusillade à Libération, et tandis que l’on poursuivait ce « trentenaire au type européen » (sic), les esprits éclairés — point du tout échaudés par l’affaire Merah, ça alors, il ne manquerait plus que ça —, avaient posé leur diagnostic : André Gattolin, sénateur écologiste et ancien dirigeant de Libération, quoique reconnaissant « ignorer encore ce qui a pu déboucher sur un tel drame » affirmait que ce dernier semblait cependant « renvoyer aux violentes crispations qui parcourent la société; des crispations qui en viennent à menacer, à travers [Libération] et la presse en général, un pilier de la démocratie ».

De son côté, David Assouline, porte-parole du PS, voyait que tout cela intervenait « dans un moment où notre société vit un climat de violence insupportable ». Jean-Michel Baylet, président du PRG, lui, évoquait un « contexte actuel marqué par une multiplication des attaques contre les valeurs républicaines ». Mais la palme revient à Caroline Fourest, qui, au moins avec le mérite de la franchise, n’avait pas tourné autour du pot : « La plus grande responsabilité, aujourd’hui, est à droite, où l’absence de complexe et la surenchère ont libéré une parole mortifère. »

Bon, ben les gars, je crois que c’est encore raté. On annule la grande scène du II, vous pouvez ranger le matériel. Mais pas trop loin, hein, ça peut resservir bientôt. Et cette fois, pour le tweet « Putain je suis dégoûté que ce soit pas un nazi », qui s’y colle ?

Gabrielle Cluzel
Ecrivain, journaliste

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