Qui sont les quatre-vingt et quelque jeunes hommes, tous tués d’une balle dans la tête ou dans le dos, dont les cadavres ligotés ont été repêchés dans la rivière Qouweik, qui traverse Alep, à la jonction des quartiers de Boustane-al-Kasr et de Saad al Ansari, tous deux tenus par les insurgés syriens ?

S’agit-il, comme l’a aussitôt affirmé l’ syrienne libre, de civils arrêtés et exécutés par les services spéciaux de Bachar el Assad qui auraient machiavéliquement jeté à l’eau les corps de leurs victimes, sachant que le courant les pousserait jusqu’à la zone rebelle, avec l’intention d’imputer le crime à leurs adversaires ?

S’agit-il comme l’a déclaré de son côté, un porte-parole gouvernemental, de soutiens du régime, ou simplement de malheureux restés neutres dans le conflit, enlevés par le groupe djihadiste Jabhat al Nosra, qui les aurait assassinés bien que les familles se fussent déclarées prêtes à payer une rançon ?

Au printemps de 1943, le ministère de la du IIIe Reich invita la presse des pays neutres et les membres d’une commission présidée par un médecin à se rendre en forêt de Katyn, non loin de Smolensk, pour y asssister à l’ouverture des fosses communes où, selon Goebbels, avaient été enfouis en 1940 les cadavres de milliers d’officiers polonais, « ennemis de classe » exécutés d’une balle dans la nuque par les sbires de la Guépéou, ce qui était bien dans leur manière.

En novembre 1946, l’Union soviétique obtint que, dans l’acte d’accusation du procès de Nuremberg, la responsabilité des massacres de Katyn fût attribuée au régime nazi. Ce n’était pas invraisemblable, c’était juste un peu gros. Le verdict cependant n’en fit pas mention et ce n’est que quarante ans plus tard que reconnut enfin la culpabilité du régime communiste.

Identifiera-t-on jamais les auteurs du massacre d’Alep ? Et pourra-t-on se fier à l’enquête à laquelle ne manquera pas de procéder le vainqueur de la guerre civile en cours, et qui désignera à coup sûr le régime alouite si les l’emportent, les djihadistes si Bachar finit par triompher ? Le problème, c’est qu’à Alep en 2013, comme à Katyn dans les années 1940, les deux camps sont également capables des pires atrocités. Ce qui fait que, lorsque la presse unanime voit d’un côté des méchants et de l’autre des libérateurs, on se demande comment elle fait pour y voir clair dans un conflit où Dieu, s’il est miséricordieux, a sûrement du mal à reconnaître les siens.

1 février 2013

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