Donald Trump est un objet encore non identifié. Véritable joker de la partie de poker traditionnelle de l’establishment états-unien, le milliardaire brise les tabous les uns après les autres. Les Américains sont lassés par les campagnes publicitaires des candidats du système tels Jeb Bush, condamné à l’abandon, ou Hillary Clinton, accusée de dépendre des puissances d’argent. Donald Trump prouve aussi que les médias sont de moins en moins crédibles. Il se passe d’intermédiaires et s’adresse directement à ses électeurs.

L’ n’est pas monolithique, elle est plurielle et ne se réunit que sur quelques fondamentaux : l’attachement aux institutions créées par les pères fondateurs, le patriotisme et un certain goût pour la liberté individuelle. L’Amérique de New York n’est pas plus la « vraie » Amérique que celle de Los Angeles, des Grands Lacs, des rives du Mississippi ou des plaines du Texas. Toutes contribuent à l’ américaine. L’ de Donald Trump correspond à celle du grand spectacle, des Guns N’ Roses, de Lynyrd Skynyrd, de la scène d’ouverture du film Rocky IV et des combats de catch organisés par son ami Vince McMahon, héritier de la firme de sport spectacle. Une attachée à ses libertés. À cette Amérique du « show », qui n’est pas inauthentique mais authentiquement outrancière, répond celle de Bernie Sanders, émouvante, folk, pluvieuse et tout autant attachée à ses libertés. Bernie Sanders parle à d’autres déclassés : les tatoués, les amateurs de Bruce Springsteen et d’Elliott Smith. Il a d’ailleurs choisi, comme hymne de campagne, la célèbre chanson de Neil Young intitulée « Rockin’ in the Free World ». Ce sont ces deux Amériques que les candidats classiques n’arrivent plus à toucher.

Donald Trump a une sérieuse chance de l’emporter. Après tout, le catcheur Jesse Ventura a bien réussi à devenir gouverneur du Minnesota en tant que candidat indépendant. Idem pour Arnold Schwarzenegger en Californie. The Donald mène campagne tambour battant, se confrontant à ses adversaires comme aux médias, à commencer par la chaîne Fox News qui lui préfère l’inflexible constitutionnaliste Ted Cruz (membre du Tea Party) et le gendre idéal Marco Rubio. Donald Trump n’hésite pas à parler franchement d’immigration, de terrorisme islamiste.

Le milliardaire a critiqué vertement l’intervention américaine en Irak, a défendu le Planning familial et n’a pas manqué de pointer du doigt les collusions entre Wall Street et les deux grands partis du pays. Il repousse constamment les limites tout en tenant une position finalement modérée séduisant les cols bleus, les fameux démocrates « Reagan » et les oubliés de l’ contemporaine. Son discours lui attire les classes moyennes qui voient l’ascenseur social bloqué dans un pays qui s’est construit sur celui-ci. Il joue sur son image d’homme fortuné, et vu à la télé, parvenu au succès par la force du poignet, et non par la spéculation. Bâtisseur, il incarne le bon capitaliste aux yeux d’une partie de moins en moins négligeable du peuple. Une réussite, pour l’instant. La Caroline du Sud, pourtant réputée conservatrice et religieuse, a porté Donald Trump en tête.

Je prends ici le pari qu’il gagnera assez aisément les primaires du Parti républicain. Je crois, aussi, qu’il pourra battre Hillary Cliton dans un duel. La candidate Clinton est un produit usagé. Par ailleurs, sa personnalité ne fait pas l’unanimité et Donald Trump pourrait triompher dans des États normalement inaccessibles aux républicains, à l’instar de l’État de New York dont il est natif et où il est particulièrement populaire. L’élection de Donald Trump serait un coup de tonnerre dans le monde occidental. Elle montrerait que nos sociétés évoluent très vite. Trop vite, pour certains ?

27 février 2016

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