Des cinq grands acteurs de la financière, les privées, les banques centrales, les gouvernements, le FMI et les agences de notation, ce sont assurément ces dernières qui ont été le plus injustement critiquées. Et qui n’a pas assisté à ces réunions de synthèse qui généralement viennent conclure une mission de notation ne peut s’imaginer avec quelle condescendance celles-ci sont traitées par leurs propres clients.

Relativement mal payés, surtout au regard de leurs compétences, les analystes de chez Moody’s et Standard and Poor’s, pour ne citer que les ténors de la profession, sont véritablement pris entre le marteau et l’enclume. Trop d’indulgence et les voilà bons pour être les boucs émissaires de la crise des subprimes, trop de sévérité et on les accusera de contribuer à rendre encore plus difficile le remboursement de la dette.

Rappelons ici que les agences de notation se placent uniquement du point de vue de l’investisseur, c’est-à-dire de chacun de nous, puisque, on l’oublie trop souvent, les investisseurs sont aussi nos compagnies d’assurance et les caisses de auxquelles nous cotisons. La note étant supposée refléter la capacité du débiteur à rembourser sa dette, par voie de conséquence elle a un effet direct sur le taux d’intérêt : une dégradation implique un hausse des taux d’emprunts et donc plus de difficultés à venir pour l’emprunteur, mais aussi une meilleure rémunération pour le prêteur. Il est donc facile de comprendre qu’une dégradation de la note d’une entreprise privée est favorable à l’investisseur, alors que lorsqu’il s’agit de la note d’un État souverain, l’effet positif pour le particulier-investisseur s’accompagne d’un effet négatif pour le particulier-contribuable.

Si l’application du principe de précaution inclinerait vers des notations plutôt sévères, c’est en général l’inverse qui se produit. La raison en est que ce sont les émetteurs et non les investisseurs qui rémunèrent les agences, ce qui est très contestable mais qui s’explique parfaitement : le « rating » d’un emprunt étant obligatoire, ce sont naturellement les emprunteurs qui sont demandeurs et qui se portent volontaires pour payer.

Pendant longtemps, ce système a néanmoins très bien fonctionné pour les emprunteurs privés, jusqu’à ce que, parmi ceux-ci, les banques atteignent une taille telle que leur faillite pourrait présenter un danger systémique (« too big to fail »). Depuis, avec l’explosion des dettes souveraines, il confine à l’absurde.

La première dégradation d’un cran de la dette française par Standard and Poor’s en janvier 2012 avait provoqué un tollé de la droite au pouvoir et François Hollande s’en était fait des gorges chaudes. Les rôles sont aujourd’hui inversés et monte au créneau. Lamentables tartufferies que ces postures d’épouse outragée qui peinent à dissimuler une effroyable réalité.

« Je suis à la tête d’un État qui est en situation de faillite sur le plan financier » avait déclaré , alors Premier ministre, en septembre 2007. Depuis, la est passée de 61 % à 90 % du PIB, soit deux fois plus qu’un pays comme l’ pourtant classée quelques vingt crans plus bas. Si imposture des agences de notation il y a, elle est ici et nulle part ailleurs.

10 novembre 2013

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles (excepté les brèves) sur une période de 5 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

La possibilité d'ajouter de nouveaux commentaires a été désactivée.