« L’abstention est un épuisement, auquel le peut constituer un remède. » Cette citation de Blaise Hersent-Lechatreux, défunt fondateur du Parti Blanc, prend tout son sens à l’heure où le pouvoir sociétaliste a permis l’ parlementaire définitive d’une proposition de loi déposée par l’UDI, instituant dorénavant la prise en compte du vote blanc. Le nouveau dispositif prévoit qu’à partir du 1er avril 2014, les bulletins nuls seront décomptés séparément des bulletins blancs. Il convient de préciser que ces derniers ne seront nullement comptabilisés dans les suffrages exprimés, ce qui ôte finalement tout intérêt à ce vote. Retour ou plutôt maintien à la case départ. Alors, nouveau jeu de dupes démocratique ?

Car pourquoi réserver un sort particulier au vote blanc, c’est-à-dire à l’enveloppe vide ou contenant un bulletin immaculé, tandis que le vote dit « nul », continuera d’être ignoré comme trou noir de la galaxie électorale ? Prima facie, l’on ne voit guère de différence, ces deux modes d’expression traduisant une défiance à l’égard des listes ou candidats déclarés, ce, quels que soient les motifs psychologiques des votants. Or, force est d’admettre que le vote nul et le vote blanc sont des actes positifs de votation, l’abstention symbolisant, jusqu’à présent, soit un palliatif au vote blanc (elle est alors analysée comme un mode d’expression démocratique, avec tous les effets pervers induits par une pratique située au même rang que l’expression d’un suffrage de mécontentement), soit la patente d’un total désintérêt pour le processus électoral.

Quoiqu’il en soit, l’abstention est un phénomène ambivalent insaisissable échappant aux taxinomies et critériums de la plus fine sociologie . Sans être soutenu par une idéologie particulière, l’abstentionnisme est, en revanche, directement lié à la perte de sens idéologique et utilitaire de la participation électorale. En d’autres termes, l’abstentionnisme devient un supplétif commode lorsque l’électeur ne sait plus répondre à l’une et/ou l’autre de ces deux questions : pourquoi voter et pour/contre qui ? De ce point de vue, le vote blanc, voire nul, apparaîtrait comme un compromis entre une attitude de pur rejet du système (ou, à tout le moins, d’indifférence) et la de ne pas choisir entre plusieurs offres électorales.

Pourtant, ainsi que l’affirmait le juriste Gilles Lebreton, « l’abstention (…) manifeste une rupture avec le pouvoir en place que ne peut symboliser la démarche mi-chèvre, mi-chou du vote blanc ». C’est, en effet, l’enjeu implicite du combat contre le parti de l’abstention (premier parti d’, avec près de 57 %, ainsi qu’en attestent les dernières européennes de 2009) : s’abstenir d’aller voter, au risque d’un effet d’aubaine pour les partis dits « populistes » (terreur de l’oligarchie), ou voter blanc dans le but de réduire précisément l’abstention ? L’alternative n’est ni électoralement séduisante, ni mécaniquement évidente. Et si l’on s’abstenait de voter blanc ?

15 février 2014

BVoltaire.fr vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 10 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires insultants. La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de commentaires en majuscule.
  • L’utilisation excessive de ponctuations comme les points d’exclamation ou les points de suspension rendent la lecture difficile pour les autres utilisateurs, merci de ne pas en abuser !

Vous pouvez désormais commenter directement sur Boulevard Voltaire :

Pas encore de compte, inscrivez-vous gratuitement sur bvoltaire.fr

À lire aussi

Livre : Corporations et corporatisme, de Guillaume Travers

Ce brillant ouvrage devrait être lu et médité par tous les candidats à la présidentielle. …