Accueil Culture Montebourg, vent debout contre le FN et l’Europe !

Montebourg, vent debout contre le FN et l’Europe !

Qu’on se le dise : il est le dernier rempart contre le FN, les diktats de Bruxelles, l’austérité, les inégalités, le flanbysme. , c’est tout ça et bien plus encore. Défenseur du made in France en marinière rayée, pourfendeur d’une désindustrialisation qu’il n’a pas pu enrayer. Qui l’aime le suive. Dans son sillage, un ami de circonstance, Matthieu Pigasse, l’énarque rebelle qui écoute les Clash, patron de presse estampillée bobo, ex-banquier d’affaires chez Lazard, proche de DSK et conseiller de Syriza. En somme, la quintessence de la gauche caviar décontractée dont les paradoxes sont autant de marches vers le pouvoir. Les deux comparses se connaissaient déjà. Un conflit d’intérêt avait même éclaboussé Pigasse quand il avait placé Audrey Pulvar, alors compagne de Montebourg, à la tête des Inrocks. Aujourd’hui, les voilà coauteurs d’une tribune assassine venue électriser la neurasthénie d’un congrès du PS ennuyeux comme la pluie.

« Hébétés, nous marchons droit vers le désastre. C’est la démocratie qui est cette fois menacée, car les progrès du Front national dans le pays sont aussi graves que spectaculaires et son accession possible au pouvoir est désormais dans toutes les têtes », écrivent-ils dans le JDD. La démocratie est donc menacée, rien de moins, par un parti qui voudrait s’extirper de l’Union européenne, restituer la parole au peuple et renouer avec son identité culturelle ; un parti dont l’essor serait dû à « l’explosion du chômage, la hausse de la pauvreté ». Mais qui est donc à l’origine de ce marasme ? Ne seraient-ce pas les milieux financiers pour lesquels œuvrait Matthieu Pigasse, avec la complicité passive des gouvernements successifs ? Et quid de l’immigration, de l’insécurité, du communautarisme, de l’échec scolaire ? Ces thématiques ne sont même pas évoquées. Le clientélisme a de beaux jours devant lui.

Au final, ils gravitent autour d’une unique théorie : la baisse des impôts. Personne n’ignore que le matraquage fiscal infligé par François Hollande était une grave erreur qui a étranglé les entreprises et les ménages. Dont acte. Comment fait-on pour résorber les déficits ? En relançant la croissance. Et comment s’y prend-on ? « En interrompant les politiques absurdes, inefficaces et anti-économiques de Bruxelles » et en construisant « une coalition des pays européens ». On n’en saura guère plus. Derrière les formules ampoulées et les velléités de sédition mondaine, se dessine une récupération grossière de la vogue frondeuse du PS et du succès des partis antisystème de l’UE : après Syriza en Grèce et Podemos en Espagne, la Ligue du Nord et Cinque Stelle ont réalisé de jolis scores aux élections régionales partielles italiennes.

« L’économie française ne repart pas, plus de sept ans après la faillite de Lehman Brothers, alors que les économies du monde entier ont redémarré fortement depuis déjà deux ans », prétendent-ils encore. Là, on a comme un doute. L’OCDE a abaissé les prévisions de la croissance mondiale, les États-Unis et la Chine essuient un net ralentissement. L’Europe ? Pour l’ancien secrétaire du Trésor américain, Larry Summers, « Il ne faut pas croire que l’économie européenne a rebondi. » Au parti socialiste, le nouveau coup de com’ de Montebourg n’est guère apprécié. On déplore qu’il n’ait pas daigné se déplacer à Poitiers devant les militants pour exposer ses précieux conseils. Stéphane Le Foll se dit « sidéré » par sa « faiblesse d’analyse ». Mélenchon, lui, salue l’initiative. Entre révolutionnaires de salon, on se comprend.

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