La journée du 11 mars 2016 restera dans la mémoire des opérateurs des marchés, et même des plus chevronnés comme votre serviteur, qui accomplira cette année sa trentième année d’activité dans cette profession si décriée.
 
Mario Draghi était attendu au tournant : confirmation de la pause monétaire entrevue lors de sa dernière conférence de presse (décembre 2015) ou relance de la d’assouplissement, telle était la question, et à vrai dire les analystes étaient partagés sur la question. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas déçu : baisse des taux tous azimuts (pourtant déjà en dessous de zéro), renouvellement et élargissement de la politique de QE (la fameuse planche à billets), bref, l’artillerie lourde, de quoi envoyer l’euro par le fond et le CAC 40 vers de nouveaux sommets.
 
Dans les premières minutes qui ont suivi l’annonce, le marché a réagi comme prévu, et puis l’impensable s’est produit. En l’espace de deux heures, tout s’est inversé. L’euro est d’abord revenu à son point de départ, puis est parti à la hausse, et pas qu’un peu : plus de 2 % par rapport à la veille. Le CAC 40 qui, dans un premier temps, était parti en flèche pour retrouver son plus haut niveau de l’année (le 4 janvier dernier) a dégringolé de près de 5 % en l’espace d’une heure. Pour comble d’ironie, ces mouvements intempestifs se sont produits au moment même où Mario Draghi donnait sa conférence de presse, une claque monumentale pour « Monsieur langue de bois » qui, je gage, aurait eu des sueurs froides s’il avait eu un écran de télévision devant lui.
 
Comment interpréter cette réaction totalement inattendue des marchés financiers ?
 
À l’heure où j’écris ces lignes, il ne se dégage aucune analyse qui fasse consensus, mais celle qui tient la corde semble être la suivante :
 
Coté monnaie, Mario Draghi a utilisé ses dernières munitions d’un coup, le marché s’est immédiatement projeté dans l’avenir, c’est-à-dire vers la Fed, qui va devoir tenir compte du ralentissement de l’ américaine. Bref, puisque l’euro n’ira pas plus bas, il ne pourra que remonter.

Côté actions, les investisseurs ne se font aucune illusion sur l’efficacité de la monétaire de la BCE. Les perspectives sont mauvaises partout, les Bourses vont continuer de baisser. Il ne restait qu’un coup à jouer, la dernière salve de la BCE. L’effet d’annonce passé, il fallait vite se dépêcher de prendre ses profits. Bref, il ne restait plus que des vendeurs sur le marché.
 
Lorsque les marchés ne réagissent pas positivement sur des bonnes nouvelles, c’est déjà un signe inquiétant. Alors, imaginez lorsqu’ils partent carrément en sens inverse. 

10 mars 2016

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