Editoriaux - Histoire - Livres - Table - 1 février 2017

Macron est déjà un homme du passé…

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Quand un étudiant de l’université de Columbia (New York) lui demande « Êtes-vous un candidat anti-système ? », Emmanuel Macron répond : « L’establishment a essayé de me tuer » (5 décembre 2016). Cette façon de se présenter est l’illustration parfaite du personnage Macron : s’afficher ni de gauche ni de droite alors qu’il est des deux.

Macron est diplômé de l’ENA, cette école où l’on apprend surtout à manier la langue de bois, mais, contrairement à ce qu’il a longtemps laissé croire, il n’est pas normalien (Closer, 13 octobre 2014). Sa carrière se résume à deux employeurs : la banque Rothschild et l’État. C’est François Hollande qui l’a sorti de l’anonymat. Pour financer sa campagne, il est allé chercher des soutiens à Wall Street et à la City, mais pas au Kremlin (Le Figaro, 9 septembre 2016). Il est à la fois la coqueluche des cadors du mouvement LGBT (RTL, 30 janvier 2017), d’Alain Minc, de Jacques Attali et, d’une manière générale, de tout ce qui gravite autour du numérique.

Il est farouchement pro-européen et, car cela va ensemble, favorable à plus d’immigration (Le Figaro, 7 septembre 2015). Il a beau se revendiquer de gauche, son programme économique ressemble à celui de la droite (baisse des dépenses publiques, baisse des charges et hausse de la CSG). Il souhaite que l’on introduise une dose de proportionnelle aux élections mais, comme tout le monde, il est probable qu’il n’en fera rien. Enfin, à titre personnel, il affirme qu’il ne souhaite pas avoir d’enfants (Closer, 26 octobre 2015). Bref, Emmanuel Macron est un progressiste pur jus, un produit marketing déniché puis formaté dans un seul et unique but : ratisser le plus large possible, un hologramme représentatif des stéréotypes les plus avant-gardistes, un leurre ultra-perfectionné pour bobos de gauche comme de droite.

Mais si Macron croit surfer sur la vague de la modernité, il se trompe car il nage déjà à contre-courant. S’il peut sembler pressé, c’est qu’il est déjà en retard. Oui, Macron est un homme du passé : dans à peine une génération, il passera même pour ringard.

Souvenez-vous de thermidor an II. Du jour au lendemain, tout bascule, le crime devient la vertu, les traîtres des patriotes et vice versa. En 2016, l’Occident a connu, lui aussi, son thermidor, un virage à 180 degrés. Des dogmes économiques que l’on croyait gravés dans le marbre ont été jetés à terre, la parole s’est libérée, sur l’immigration, l’avortement, l’islam, etc. L’establishment a beau mener la charge contre Trump, Zemmour et Poutine, c’est un combat d’arrière-garde, un combat perdu d’avance car, déjà, les proscrits d’hier (Philippe de Villiers) font exploser le box-office des ventes de livres.

Être tendance, aujourd’hui, ce n’est pas voter pour Macron, c’est prendre conscience que la démocratie par les bombes dresse les peuples les uns contre les autres, que la générosité des donneurs de leçons a pour prix la paupérisation des générations futures, que les abandons de souveraineté mènent à la privation des libertés, que la course effrénée à l’augmentation du PIB est la principale cause de destruction de l’environnement, que l’emploi est un gâteau qui se rétrécit et qu’il convient de le partager équitablement, que le vivre ensemble, loin d’enrichir la civilisation, la réduit à son plus petit commun dénominateur.

Entre Laurence Rossignol et Marion Maréchal-Le Pen, il y a plus qu’une différence d’âge, deux époques les séparent et, comme toujours dans l’Histoire contemporaine, c’est le monde anglo-saxon qui mène la danse et la France a toujours une guerre de retard.

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