À quel point les médias procèdent à une sorte de “filtrage” permanent du réel, on a pu notamment l’observer, à l’occasion des régionales, par la façon dont ils ont « oublié » la France ultramarine. Je ne parle évidemment pas de la France extrêmement favorable au Front national – la précision n’est peut-être pas inutile – mais des régions d’outre-mer, les ROM (ah, facétie des acronymes !).

D’ailleurs, c’est d’autant plus remarquable que le score du Front national, ni en Guadeloupe, ni à La Réunion, n’atteint les sommets inédits de la métropole : 1 % ici, 2 à 3 % là – presque rien. En Martinique et en Guyane (dont la carte, quand elle est affichée par miracle sur TF1, est obstinément confondue avec celle du Guyana !), il n’y avait aucune liste. (Du fait de son statut particulier, Mayotte ne votait pas cette fois-ci.) Ces résultats très en accord avec la « morale républicaine » avaient de quoi séduire les journaux. Libération aurait pu titrer : « ROM : honneur de la France » ou « Nos îles résistent à la vague Bleu Marine ». Faut-il qu’ils soient bien indifférents à ce qui n’est pas hexagonal pour avoir manqué cette occasion !

Omission totale, donc, dans la majorité des rédactions métropolitaines, à quelques exceptions près, qui n’excusent rien. Les cartes de France, de la France qui participe au processus électoral, sont incomplètes, mutilées de cinq régions. Comme si la Corse, imaginez, n’était plus représentée sous sa mère continentale. Comme si on ne s’intéressait plus aux Corses. Ainsi deux millions de nos compatriotes sont bafoués, « marginalisés, niés », selon le président du Conseil représentatif des Français d’outre-mer (le CREFOM), qui s’est plaint de cette absence regrettable auprès du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Plainte parfaitement légitime.

Plainte qu’un hypothétique Conseil représentatif des Français tout court pourrait lancer contre le monde médiatique dans sa quasi-globalité. Et non pas seulement pour ses tentatives d’influence politique mais, je dirais, pour l’ensemble de son œuvre d’occultation, pour son manque de rigueur (criant dans le cas de ces résultats électoraux lacunaires), pour son inculture, pour son inaptitude chronique au recul et à l’approfondissement, pour son goût de l’immédiat et du raccourci ; et enfin, pour son mépris général de tout ce qui n’exerce pas sur lui d’influence directe – politique ou financière.

Rappelons, pour finir, que l’état d’urgence règne également dans les départements d’outre-mer, qui ne sont pas à l’abri de l’islamisme : Fabien Clain, hideux chantre de la mort, est originaire de La Réunion. Là-bas aussi souffle un vent de malaise et d’inquiétude ; là-bas, en France.

23 décembre 2015

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