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Editoriaux - Histoire - Politique - Société - 21 novembre 2016

Lourd échec de Jean-Frédéric Poisson : à qui la faute ?

Avec 1,5 % des votants, a essuyé un lourd échec à la primaire de dimanche 20 novembre. Certes, nul ne s’attendait à ce qu’il passe la barre du second tour, mais la faiblesse du chiffre montre qu’il a été littéralement lâché par ses soutiens naturels. Ce qui pourrait passer pour une péripétie politicienne a, en réalité, des incidences graves pour l’avenir des idées qu’il porte.

À quoi est dû cet échec ? Les politologues le diront – au moins ceux qui n’usent pas du prisme idéologique pour analyser les résultats. Mais, à chaud, et compte tenu des propos entendus ici ou là, on peut déjà tirer quelques enseignements.

Poisson a fait une bonne campagne : sur un créneau minuscule – celui de la droite des valeurs et du refus des compromissions -, il a exposé clairement quelques idées simples en refusant tout à la fois le politiquement correct et l’éparpillement dans des détails. En cela, il a l’étoffe d’un chef : donnant la direction, il laisse les officier subalternes dont c’est le métier assurer l’exécution. Le chef de l’État n’a pas à se préoccuper des détails des allocations familiales. Il a également donné de la visibilité à ses idées, alors que l’homme était presque inconnu en dehors des cercles restreints de la droite de conviction.

S’il a échoué, c’est d’abord à cause de la trahison de Sens commun. L’histoire des idées politiques dira un jour les raisons pour lesquelles le mouvement familial et populaire de 2013 n’a pas débouché sur une force politique. Les ambiguïtés des dirigeants de la Manif pour tous, de la fantasque Frigide Barjot à la beaucoup trop bourgeoise Ludovine de La Rochère, y sont sans doute pour quelque chose. Mais la manière dont Sens commun a adhéré sans réserves à l’UMP a brisé la dynamique. En allant rejoindre un parti dépourvu de toute philosophie, peut-être par naïveté, ses dirigeants ont empêché toute structuration d’un vrai mouvement d’opposition au régime en place. Leur responsabilité est lourde.

Mais la cause principale de son échec est ailleurs. Elle est dans la lâcheté de la bourgeoisie catholique française qui préférera toujours l’allègement de sa feuille d’impôt au combat pour les valeurs. Dans sa frivolité qui lui interdit de pousser la réflexion au-delà de ce qu’il est convenable de penser. Dans son inconséquence qui lui fait déplorer la marchandisation de l’humain tout en adhérant à l’idéologie libérale mondialiste. A-t-elle compris que la mondialisation aboutit à la dissolution de tous les liens sociaux pour ne faire des individus que des monômes isolés ? A-t-elle imaginé une seule seconde qu’il pourrait exister un lien entre la technodictature européenne et le délitement d’une société ? Voit-elle même ce délitement, aveuglée par le conformisme dont elle est un des vecteurs principaux ?

Pour sa première déclaration de finaliste, François Fillon – pour qui ces bourgeois ont voté en masse — est apparu tel qu’il devra être durant les cinq prochaines années : soumis à Bruxelles. Derrière lui, en effet, les deux drapeaux, tricolore et étoilé, comme le gouverneur d’un État américain. Poisson est souverainiste : rien que cela a fait fuir nombre de bien-pensants…

Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Là-haut, en voyant les bons cathos voter en masse pour Fillon, il doit se rouler par terre !

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